lundi 10 décembre 2007

Shi


Anne Cheng nous signale que ce caractère qui se prononce Shi signifie à la fois scribe et devin.
Que nous apprend ce caractère ?

Aux temps mythiques où Huangdi, l’Empereur jaune, régnait sur la Terre. Les Sages qui gouvernaient le monde avec lui s’inspirèrent des empreintes d’animaux, des traces de pattes d’oiseaux sur le sable, des diagrammes, des signes que la nature leur révéla pour former l’écriture et la peinture.

Un texte d’époque Tang cité par Jean-François Billeter relate le mythe ainsi :
"L’écriture la plus ancienne est l’invention de Cang Jie, le devin de l’Empereur Jaune. Il avait quatre yeux, de sorte qu’il était voyant et pénétrait tout de son regard. Il observa au dessus de lui les méandres de la constellation Kui et devant lui les signes de la tortue et les traces des oiseaux. Il recueillit tous les motifs qui avaient une vertu expressive et, les combinant, créa les caractères d’écriture."

Jean-François Billeter poursuit :

"Deux de ses yeux lui servait à observer le Ciel, et les deux autres à observer la Terre, ce qui lui permit d’en avoir une vision unifiée. Puisque Ciel et Terre symbolise dans la cosmologie chinoise les principes de l’action (yang) et de la réaction (yin) dont les combinaisons produisent toutes choses, cela signifie que Cang Jie saisit tous les phénomènes dans leur totalités mouvantes et capta leur figures pour les représenter par l’écriture, comme les calligraphes le font dans leur art."

Ainsi l’inventeur mythique de l’écriture n’est pas présenté comme une figure prométhéenne, mais comme un devin.

La proximité entre la Nature et l’écriture va entraîner plusieurs conséquences importantes.
- le caractère sacré de l’écriture
- le pouvoir magique et agissant de l’écriture et de la langue.

Il est également amusant de constater que le lien entre écriture et divination se retrouve dans le fait que les Chinois se servent encore aujourd’hui de leur écriture pour faire des devinettes ou pour dire la bonne aventure.
Nous développerons ces thèmes plus tard. Contentons nous, dans cet article de parler du caractère sacré de l’écriture.

Ivan Kamenarovic raconte une anecdote relatant cette particularité. Encore au début du siècle passé, des personnes étaient chargées de ramasser, dans la rue, les papiers contenant des caractères d’écriture pour qu’ils ne soient pas foulés au pied.
Le signe écrit peut aussi parfois tenir lieu de représentation de la divinité. Ainsi, Jean-François Billeter dans son livre « l’art chinois de l’écriture » nous montre une femme en prière devant le caractère « fo » qui signifie « Bouddha », caractère gravé dans un bloc de rocher derrière le Nan Putuosi d’Amoy, l’un des principaux sanctuaires bouddhiques de la Chine du Sud.

A suivre …
Jean-Louis

2 commentaires:

Anonyme a dit…

cher JL,
merci de nous faire partager toutes ces "anecdotes" autour des caractères chinois que nous aimons tant
tout ce que tu rapportes là est très interessant, force est de le constater ne serait ce qu'au travers du nombre croissant de visiteurs
notre blog a de + en + de succès
aujourd'hui déjà 22 visiteurs!!!

Anonyme a dit…

Ce livre s'annonce comme une véritable encyclopédie! Comment fais-tu, J-L, pour travailler autant? Si j'arrive à envoyer une petite contribution avant Noël, ce sera bien. Ce blog et l'équipe Chinafi sont vraiment très stimulants, j'apprécie beaucoup de trouver une "effervescence" intellectuelle de cette qualité.
Françoise