jeudi 31 mars 2011

Un bol de thé ou "l'art de l'imparfait"


Claude Lévi-Strauss et sa femme Monique à Tokyo, avril 1986. (Photo du Nouvel Observateur)

A la fin de sa vie, Claude Lévi-Strauss s’était pris d’une passion pour la culture japonaise. Aujourd’hui, 31 mars, paraissent en librairie deux inédits publiés aux éditions du Seuil:
- L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne rassemble trois conférences données à Tokyo
- L’autre face de la lune contient des textes consacrés à la civilisation japonaise.

Le Nouvel Observateur de cette semaine publie quelques extraits de ces livres. L’un deux a particulièrement retenu mon attention. Il y est question de Sengaï un peintre et moine japonais (1750-1837).

« Sengaï se situe dans la filiation spirituelle des maîtres de cérémonie du thé qui, dès le XVI° siècle recherchaient en Corée et en Chine les ustensiles les plus grossiers et les plus humbles : bols à riz de paysans pauvres, fabriqués sur place par des artisans de village. D’avoir été produits sans habileté manuelle et sans prétentions esthétiques aux yeux des maîtres de thé leur conférait plus de prix que si c’eussent été de véritables œuvres d’art. Ainsi naquit le goût pour les matières rugueuses, les formes irrégulières, ce qu’un maître de thé appela d’un mot qui fit école : « l’art de l’imparfait »…Pour les maîtres de thé …il s’agissait de s’affranchir de tout dualisme pour atteindre un état où l’opposition du beau et du laid n’a plus de sens : état que le bouddhisme appelle « Ainsité », antérieur à toutes les distinctions, impossible à définir sinon par le fait d’être ainsi. »

On peut tirer quelques enseignements de ce court extrait qui constitue, en fait, une introduction à plusieurs articles qui paraîtront prochainement dans ce blog :
- Les maîtres de cérémonies du thé préféraient les bols de thé aux tasses de thé. L’appellation « bol de thé » est donc pertinente. Les fidèles lecteurs du blog comprendront bientôt le sens de cette remarque anodine.

- Les maîtres de thé avaient, comme les lettrés chinois, une prédilection pour « l’art de l’imparfait » ou art de l‘inachevé. « Art de l’imparfait » qui n’est pas sans rappeler le xie yi dont j’ai parlé dans un précédent billet. Zhao Jie, notre nouveau professeur de chinois, me faisait remarquer que l’on rencontre deux techniques dans la peinture chinoise : le xie yi ou style libre, spontané plutôt pratiqué par ces amateurs qu’étaient les lettrés et le gong bi ou style travaillé, recherché plutôt utilisé par les professionnels.

- On trouve dans cet article le terme « d’ainsité » ou « ainséité » parfois appelé « propension des choses » qui désigne ce qui se réalise de soi-même, spontanément. Cette notion occupe une place importante dans la pensée et l’esthétique chinoises. Cette notion, comme les distinctions xie yi / gong bi, amateurs / professionnels sont au centre des débats qui ont animés l’histoire de la peinture chinoise. Nous aurons l’occasion de revenir largement sur tous les sujets que nous venons d’effleurer.
Jean-Louis

mercredi 30 mars 2011

L'Asperge


L’Asperge d’Edouard Manet, 1880, Paris musée d’Orsay.

Nicole a illustré le message annonçant la sortie de dimanche par de belles et nombreuses asperges annonciatrices de la récolte mirifique que nous ne manquerons pas de faire.

Si j’ai choisi de vous présenter le tableau ci-dessus représentant une seule asperge ce n’est pas pour contredire l’optimisme de Nicole mais tout simplement parce que le thème de notre prochaine randonnée permet de raconter une anecdote bien sympathique de l’histoire de la peinture et de montrer que le vocabulaire de la pensée chinoise fournit des outils d’analyse et de réflexion bien intéressants.

Edouard Manet n’était pas seulement l’auteur de tableaux qui firent scandale en leur temps comme Olympia ou Le déjeuner sur l’herbe c’était aussi un homme honnête.

Le collectionneur Charles Ephrussi lui avait commandé une nature morte. Le peintre lui avait répondu très classiquement par un tableau représentant une botte d’asperges. Un peu plus tard, Ephrussi reçut un second tableau intitulé l’Asperge, accompagné de ces mots : « il en manquait une à votre botte ». Manet voulait ainsi remercier son riche commanditaire d’avoir payé plus cher le premier tableau que le prix demandé.

Cette anecdote est racontée dans le livre d’Art d’Art d’après l’émission de télévision. Les auteurs font remarquer la modernité de cette nature morte. Au lieu d’être représentée dans le décor d’une cuisine, comme c’était la tradition « l’asperge semble toute nue, posée à même la table, une table qui prend presque toute la place ».

Luc Ferry présente également cette asperge, décidemment célèbre, dans son livre Le sens du beau. Il illustre ce tableau d’une phrase de Nietzche « l’essence d’une chose n’est elle aussi, qu’une opinion sur cette chose ». Les choses en soi n’existent pas, il n’y a que des interprétations.

Moi, j’aurais plutôt une lecture de ce tableau en termes chinois (on a chacun ses références). La table qui occupe presque toute la toile c’est le vide, l’indifférencié, le « il n’y a pas ». L’asperge, c’est le « il y a », le différencié qui émerge à peine, qui se distingue tout juste de l'indifférencié. Remarquez comme la table et l’asperge ont la même texture, semblent faits de la même matière.

Voilà de beaux sujets de discussion, en escaladant les sommets de Marseilleveyre ... s’il nous reste du souffle.
Jean-Louis


Bibliographie :
- D’Art, d’Art, de Frédéric et Marie-Isabelle Taddeï, Editions du Chêne
- Le Sens du Beau de Luc Ferry, Editions cercle d’Art

samedi 26 mars 2011

Prochaine rando


C'est donc dimanche 3 avril que nous pourrons nous retrouver pour une belle rando dans les calanques avec à la clé la cueillette d'asperges pour confectionner une omelette.
Rendez vous à 9 heures au métro la rose à Marseille ou à 8h45 à Aix (office du tourisme) ou encore à 10h au parking de callelongue.
Dans un 1er temps nous grimperons jusqu'au sommet de Marseilleveyre (432 mètres), une vue imprenable nous y attend.
Puis nous redescendrons par le vallon de Malvallon et nous longerons la mer (possibilité de prendre un bain (!!) de soleil ou un café au bar du belge ...
Une très belle journée en perspective avec notre ami Gérard (le papa de Caroline qui nous a fait découvrir les sources de l'Huveaune dernièrement).
A dimanche donc avec un pique nique dans un sac à dos et de bonnes chaussures au pied.

Nicole

mercredi 23 mars 2011

"Avoir montagnes et vallées en son sein"


Li Cheng, Pagodes sous un ciel clair

S’intéresser à la pensée chinoise n’est pas un exercice gratuit. Elle peut nous aider à réfléchir sur certaines de nos pratiques. J’en fais actuellement l’expérience en essayant de découvrir la peinture chinoise.

Anne Cheng fait remarquer qu’aborder les grands textes, découvrir un enseignement ou une discipline artistique cela ne concerne pas le seul intellect mais au contraire cela met en jeu la personne entière. Il faut les laisser descendre toujours plus profond en soi, dans son existence. Au-delà d’une simple lecture, d’une écoute, d’une contemplation rapide cela ne peut être le résultat que d’une longue fréquentation de l’objet que l’on veut découvrir.

C’est en suivant cette méthode que les artistes chinois pouvaient espérer, selon a célèbre formule, « avoir montagnes et vallées en leur sein » pour saisir l’esprit des paysages qu’ils voulaient peindre ou chanter.

Nicole Vandier-Nicolas nous dit, par exemple, que le peintre Li Cheng (vers 919-967) possédait en lui ces montagnes et vallées « pour avoir toute sa vie contemplé ces chaînes superposées, ces hauts monts, leurs pins et leurs gorges, il les avait faits siens. Avec le temps, ils s’étaient transformés en lui. Ils étaient devenus une part de lui-même. ». Même chose pour Li Longmian (1040-1106) : « ce qu’il peignait, il le portait en lui ». On pourrait multiplier les exemples. On se souvient du célèbre poème de Su Shi où il est dit que lorsque Yüke peignait un bambou son corps devenait un bambou.

Dans cette fusion de l’artiste et de l’univers on reconnait la recherche de l’unité originelle si chère à la pensée chinoise. Ce désir de fusion, cette quête de l’unité a sous tendu l’idéal de naturel dans l’esthétique chinoise alors que l’esthétique européenne privilégiait plutôt la recherche du beau, du pittoresque ou du sublime. C’est ce que je vous propose d’aborder dans un prochain billet.
Jean-Louis

Bibliographie : Peinture chinoise et tradition lettrée, Nicole Vandier-Nicolas, Seuil

samedi 19 mars 2011

Qu Yuan et l'émergence de la peinture de paysage


Les Bergers d’Arcadie, Nicolas Poussin


Vue merveilleuse de la Xiao et de la Xiang, Mi Youren (1086-1165)

Le présent article (le quatrième de la série concernant Qu Yuan et la fête des bateaux dragons) va nous permettre, à la fois de voir l’influence de la vie et de l’œuvre de Qu Yuan sur la peinture de paysage et, après avoir évoqué la transposition des Entretiens de Confucius dans le Fayan de Yang Xiong, de considérer une autre application du procédé de la transposition, mais cette fois dans le domaine de la peinture.

En suivant Augustin Berque, j’évoquerai ce procédé dans la peinture européenne et dans la peinture chinoise.

Le premier tableau présenté en illustration, un des plus célèbres de la peinture européenne, se nomme les bergers d’Arcadie. On y voit trois bergers antiques déchiffrant l’inscription « Et in Arcadia ego » qui signifie « même en Arcadie, moi (la mort) j’existe ».

Ce tableau a fat l’objet d’innombrables études, notamment celle, magistrale, de Claude Lévi-Strauss dans Regarder, écouter, lire où il analyse les différentes versions et transformations du thème des Bergers en Arcadie du Guerchin à Poussin.

Dans cet article, je suivrai celle d’Augustin Berque qui fait remarquer que le paysage, en arrière plan du tableau, censée représentée l’Arcadie est en fait un territoire imaginaire, Poussin n’étant jamais allé dans le Péloponnèse. Ce paysage est, en réalité, la transposition des campagnes italiennes que le peintre connaît et des poèmes bucoliques d’Hésiode, Virgile ou Tibulle vers la peinture.

L’Arcadie aura été ainsi « l’une de ces figures emblématiques où cristallisent les façons de voir d’une culture et d’une époque ». Selon Augustin Berque, l’Arcadie aura joué le même rôle dans la sensibilité européenne que le paysage des rivières Xiang et Xiao dans la sensibilité chinoise et extrême orientale. Ce lieu se trouve au sud de l’ancien royaume de Chu (dans l’actuel Hunan) là où Qu Yuan fut exilé et se donna la mort. Cette région est devenue pour tous les artistes chinois une retraite de prédilection.

Dans toute l’Asie orientale se sont ainsi trouvés transposés les « huit paysages de la Xiang et de la Xiao ». Augustin Berque souligne : « le regard positiviste qui questionnerait ces paysages, pour savoir s’ils ressemblent vraiment à ceux des parages du lac Dongting, serait forcément déçu ; car il n’en est rien, ou guère. Il ne s’agit pas là de similitude morphologique, mais d’une parenté symbolique véhiculée …par l’intertextualité qui empreint et motive, allusivement, les divers champs de la représentation du paysage à travers toute l’Asie orientale. Dans ce système, les motifs paysagers passent d’un champ de représentation à un autre – par exemple d’un rouleau de peinture à un poème, de ce poème à un paravent, de celui-ci à un jardin, puis de là derechef dans un paysage grandeur nature, etc. »

Cette intertextualité entre poésie et peinture est également évoquée par Yolaine Escande. Elle remarque que les Elégies de Chu dont Qu Yuan est un des auteurs contiennent de nombreuses descriptions de la nature. Pour Yolaine Escande et Donald Holzmann, les Elégies de Chu « représentent un pas important dans l’évolution de la poésie de paysage » et dans l’apparition du shanshui pictural.

Voilà. Dans cette série d’articles consacrés à la fête des bateaux dragons, j’ai commencé à aborder certains thèmes : fonctionnement de la pensée chinoise par le jeu de dialogues internes, évocation de l’intertextualité, des procédés de transpositions, de transformations. Bien sûr ces thèmes demanderaient des développements bien plus longs qu’il n’est possible de faire dans le cadre de ce blog. J’ai tenté de soulever un angle de la question. Je vous laisse le plaisir de soulever les trois autres.
Jean-Louis

Bibliographie :
Pouvoirs de la mélancolie, Lisa Bresner, Albin Michel
Les raisons du paysage, Augustin Berque, Hazan
La culture du shanshui, Yolaine Escande, Hermann,
Regarder, écouter lire, Claude Lévi-Strauss, Plon

vendredi 18 mars 2011

Qu Yuan et Yang Xiong



Dans le premier article de cette série consacrée à la fête du double cinq, nous avons vu que la pensée chinoise se déployait en une succession de dialogues internes qui ont tenu en haleine le monde intellectuel génération après génération. Cette tapisserie de dialogues internes finit « par laisser apparaître des motifs en relief » (Anne Cheng).

Les maîtres mots (Fayan) de Yang Xiong fournissent un bel exemple de ce mode de fonctionnement de la pensée chinoise. L’ouvrage, traduit par Béatrice L’Haridon, est paru dans la bibliothèque Les Belles lettres en édition bilingue. Le texte est accompagné d’une longue introduction et d’un appareil critique (notes, index, biographies) qui font de ce livre un excellent outil de recherche.

Dans l’introduction, Béatrice nous indique les différentes formes qu’ont pu prendre ces dialogues internes. Ce peuvent être des commentaires, des citations. Le Fayan utilise une forme originale puisqu’il s’agit de la transposition, de la transformation des Entretiens de Confucius. Je ne doute pas que ce procédé eût retenu toute l’attention de Claude Lévi-Strauss qui fonda sa méthode sur l’étude des transformations, des transpositions.

Dans la mesure où cet article fait partie d’une série consacrée à la fête du double cinq, je vais privilégier le dialogue noué entre Qu Yuan et Yang Xiong en m’appuyant sur l’appareil critique mis à notre disposition.

Yang Xiang (53 av. J.C – 18 après J.C) est originaire, comme Qu Yuan du pays de Chu. Ses premiers textes sont des réponses au Lisao de Qu Yuan. Un seul de ces poèmes, le Fansao, nous est parvenu. Après l’avoir achevé Yag Xiong est parti vers la montagne Min (où le fleuve Bleu prend sa source) pour jeter dans le fleuve sa réponse à Qu Yuan.

« Ces premiers textes manifestent déjà une préoccupation pour la position du lettré dans son temps et son souci d’apporter une réponse à l’échec tragique du lettré auprès de son souverain. » Dans de très beaux vers, il regrette le suicide de Qu Yuan :

« Hélas, [Qu Yuan] mon entravé, tes riches parfums
Flottant lumineux sur les plantes aromatiques
Ont croisé le gel en été finissant
Emporté trop tôt par le chagrin, ta florescence perdue

Le Fansao semble ainsi opter pour la recherche d’une postérité par l’écriture de textes, et refuse dans le même temps le suicide politique, dans la continuité de Xunzi ainsi que de Sima Qian ».

La référence à Qu Yuan se poursuit dans le Fayan sous la forme d’un éloge.

"Qu Yuan était-il vraiment sage ?
- Eclatante comme un jade
Laissant apparaître des veines rouges et bleues.
Telle fut sa sagesse ! Telle fut sagesse !"

Une longue note nous éclaire sur ce passage, nous renseignant notamment sur l’utilisation du jade comme signe de reconnaissance car « chaque pierre possède une chair particulière, marquée par un réseau de veine, qui permet la reconnaissance lorsque les réseaux de deux pièces coïncident ».

Ainsi dans une succession de renvois, de dialogues nous voyons se dessiner les motifs de la tapisserie de Yang Xiong : rapports des lettrés avec le pouvoir, recherche d’un modèle éthique…thèmes qui peu à peu ont constitué la tradition.

Merci à Béatrice de nous avoir aidé à comprendre le fonctionnement de la pensée chinoise.

Jean-Louis

jeudi 17 mars 2011

Fête du double cinq : histoire, légendes, traditions


Cérémonie en l’honneur du souverain de l’Est, illustration des Elégies de Chu, fin du XIII° siècle

Qu Yuan (340-278 av. J.C) est le premier poète chinois dont nous connaissons le nom. Dans le livre qu’elle lui a consacré, Lisa Bresner nous dit que sa place dans la littérature chinoise est comparable à celle d’Homère dans l’histoire de la littérature européenne.

Comme Laozi (selon la légende) et Zhuangzi, il était originaire de la culture méridionale de Chu, riche et raffinée, à l’imaginaire luxuriant, très différente de la culture de la plaine centrale ritualiste et confucéenne. Alors que celle-ci se développe dans le bassin du fleuve Jaune, le royaume de Chu occupe le Sud de la Chine des Zhou, autour du bassin moyen du fleuve Bleu. Cet imaginaire luxuriant, influencé par le chamanisme, se retrouve dans Les Elégies de Chu, un recueil de poésies composé entre le IV° et le III° siècle av. J.C. Dans ce recueil, on attribue à Qu Yuan Le Li Sao (Tristesse de l’éloignement) qui raconte à la fois le voyage d’un homme à la recherche d’ne femme qu’il veut épouser, la déception d’un sage en quête du souverain idéal et l’expérience religieuse du chaman dont l’esprit quitte le corps pour errer à travers des régions irréelles.

Comme de nombreux lettrés, Qu Yuan était également un homme d’Etat. Exilé par son souverain, il se jeta dans la rivière Miluo. La légende raconte que les habitants du pays partirent à sa recherche montant et descendant le fleuve sur des barques, recherche commémorée depuis par les courses de bateaux dragons. Un vieux guérisseur jeta dans la rivière une jarre de vin jaune pour enivrer le dragon du fleuve protégeant ainsi Qu Yuan de ses agressions. On jeta également des gâteaux de riz pour le protéger des poissons.

C’est pourquoi, la tradition veut, que pour la fête du double cinq, on mange des gâteaux triangulaires de riz glutineux (les zongzi) enveloppés dans une feuille de bambou ou de roseau et que l’on consomme du vin jaune.

La fête des bateaux dragons marque l’entrée dans les chaleurs de l’été. De nombreuses pratiques visent à conjurer le démon des maladies :
- la confection de petits sachets de tissus ((xiāng bāo 香包) remplis d’une poudre censée protégé l’enfant qui le porte au cou
- la décoration des portes d’entrée avec des herbes protectrices comme l’armoise et l’effigie d’un dieu pourfendeur des démons, Zhong Kui.

L’énergie yang culmine le jour du double cinq au moment où le soleil parvient à son zénith. C’est, parait-il, le seul moment de l’année où l’on peut faire aisément tenir un œuf sur sa pointe, jeu auquel se sont essayé des générations d’enfants chinois. Parviendrons nous, chers amis de Chinafi, à réaliser cette prouesse lors de notre randonnée ?
Jean-Louis

Les sources de cet article sont :
- l’article de Chine info consacré à la fête du double cinq
- le livre de Lisa Bresner, Pouvoirs de la mélancolie, Albin Michel
- Histoire de la pensée chinoise, Anne Cheng

mercredi 16 mars 2011

Encre

video

Notre nouveau professeur de chinois, Zhao Jie, vient de nous transmettre une jolie vidéo sur l'encre.

J'ai trouvé que cette vidéo illustrait bien la conception chinoise de l'encre telle que nous la rappelle Yolaine Escande dans son livre L'art chinois :

"Philosphiquement, le noir de l'encre correspond à la couleur du mystère ou du chaos originel, noire, sombre (xuan), telle qu'elle est définie dans le Livre de la voie et de la vertu de Laozi (§6). L'encre possède toutes les couleurs en soi, puisqu'elle incarne la couleur du chaos originel et qu'elle correspond à la matrice de tous les possibles"

Une belle illustration moderne de cette conception. Merci à Jie.

Jean-Louis

La fête des bateaux-dragons ou duān wǔ jíe (端午節)



Wang Zhenpeng, dynastie Yuan, Fête des bateaux-dragons

Nicole a eu l’excellente idée de célébrer, chaque année, une fête chinoise en plus, bien sûr, de la fête du Printemps. Cette année ce sera la fête des bateaux-dragons (fête de Duanwu) qui aura lieu le 5 juin.

Cette fête sera l’occasion d’une randonnée dont Nicole vous précisera la date et le lieu en temps voulus.

L’idée de Nicole m’a donné envie d’en savoir un peu plus sur les origines de cette fête qui commémore l’histoire de Qu Yuan (340-278 av. JC) un homme d’Etat et poète du royaume de Chu. Exilé par son souverain suite à des critiques formulées par des ministres rivaux, il se jeta dans la rivière Mulao. Avec cette fête c’est un point très important de l’histoire de la pensée chinoise qui est abordé puisqu’il s’agit des rapports entre les lettrés et le pouvoir.

Qu Yuan est devenu un des grands modèles pour les artistes lettrés. Il fut proche du pouvoir tout en conservant son intégrité. Confucius fut un des premiers à vivre la contradiction inhérente à la condition de lettré. Il aurait voulu travailler pour un prince mais ne trouva jamais le souverain pour lequel il put se dévouer sans se déshonorer.

L’histoire et l’œuvre poétique attribuée à Qu Yuan ont eu une grande influence sur l’imaginaire, la pensée et les arts chinois (notamment la peinture de paysage). Lorsque l’on étudie la pensée chinoise on a parfois l’impression d’une certaine répétitivité. Anne Cheng, éclaire ce phénomène en soulignant que la pensée chinoise s’est développée par une succession de dialogues internes qui ont tenu en haleine le monde intellectuel génération après génération.

Pour apporter une contribution à notre prochaine randonnée, je vous propose trois articles à paraître prochainement.

- le premier apportera quelques précisions sur l’histoire de Qu Yuan, son œuvre poétique, les coutumes et traditions observées lors de la fête de Duanwu.

- le second donnera un exemple des dialogues internes noués génération après génération entre les lettrés chinois. Il s’agira du dialogue entre Qu Yuan et Yang Xiong, un lettré que nous connaissons bien depuis la conférence de Béatrice L’Haridon.

- le troisième évoquera l’influence de l’histoire et de l’œuvre poétique attribuée à Qu Yuan sur la peinture de paysage.

Jean-Louis

lundi 14 mars 2011

Conférence Confucius - le bonus

Voici la bibliographie affichée lors de la conférence :

CHENG Anne, Histoire de la pensée chinoise, Paris, Seuil, 1997
CHENG Anne, Entretiens de Confucius, Paris, Seuil, 1981.
Cours au Collège de France en ligne : www.college-de-france.fr/default/EN/all/his_int/audio_video.jsp
LEVI Jean, Confucius, Paris, Pygmalion, 2002
YANG Xiong, Fayan, trad. B. L’Haridon, Maîtres Mots, Paris, Les Belles Lettres, 2010
SIMA Qian, « Biographie de Confucius » in Shiji, trad. Edouard Chavannes, Mémoires historiques vol. 5, Paris, Adrien-Maisonneuve, 1967 (rééd.)
INOUE Yasushi, Confucius, Paris, Stock, 2001
Religion et Histoire, « Dossier Confucius », à paraître (avril-mai 2011)

Bonne lecture.

Françoise

dimanche 13 mars 2011

Nicole nous pensons à toi



Nicole vient de perdre son papa.

Tous ceux qui ont eu la chance de le connaître s’accordent pour dire que c’était un homme exceptionnel, extrêmement chaleureux qui communiquait sa bonne humeur à tous ceux qui l’approchaient. Il avait su rester jeune même dans le grand âge.

Nicole nous pensons bien à toi, à ta maman et à toute ta famille.
Nous t’embrassons,

Les amis de Chinafi

Conférence sur Confucius


C’est devant une salle comble que Béatrice est venue nous parler de Confucius.

Hegel a dit quelque part, en parlant de Confucius : « il aurait mieux valu pour ce Monsieur qu’il ne fut pas traduit ». Je pense que si le philosophe allemand avait assisté à cette conférence il serait reparti avec une image plus positive du Maître.

Dans un style plein de spontanéité et qui ne manquait pas de charme, Béatrice a su nous rendre vivante et proche la figure de Confucius. Elle a replacé le Maître dans son contexte historique et géographique nous faisant découvrir un homme qui admirait les rois mythiques Yao et Shun parce qu’ils ont su céder le pouvoir lorsqu’ils ont rencontré quelqu’un de plus apte qu’eux-mêmes à l’exercer.

Un homme qui se proposait de connaître ses semblables sans les juger, sachant que l’on peut apprendre de tous :

Le Maître dit : Si tu rencontres un homme de valeur, cherche à lui ressembler. Si tu rencontres un homme médiocre, cherche ses défauts en toi-même (Les Entretiens IV,17).

Béatrice nous a fait découvrir une conception très intéressante des rites et des liens qu’ils entretiennent avec la musique. Ils ont pour fonction d’endiguer, de canaliser la violence. Les hommes étant ce qu’ils sont on ne peut pas supprimer la haine et la violence. Mais les rites peuvent les rendre acceptables à autrui. Les rites sont ainsi préférables aux lois et à l’appareil répressif des légistes.

Elle nous a parlé de la transmission qui est au centre de la mission que Confucius s’est assigné « Je transmets l’enseignement des Anciens sans rien créer de nouveau ».

Béatrice nous a fait découvrir un homme plein d’humour qui savait que l’humour on doit commencer à l’exercer sur soi-même. Un homme que l’on aurait eu plaisir à connaître et à rencontrer, ce que l’on fait pendant le temps trop court de son exposé. Elle nous a donné envie de lire ou de relire Les Entretiens.

Une conférence très stimulante pour l’esprit. Bravo et merci d’être venue à Marseille malgré un emploi du temps extrêmement chargé.

A l’issue de la conférence nous nous sommes retrouvés dans une brasserie proche des Réformés pour un goûter bien sympathique. Encore un mot pour signaler que j’ai remarqué un petit spectateur bien sage et attentif qui est vite venu rejoindre sa maman après son exposé.
Jean-Louis