mardi 30 décembre 2014

La relève est assurée

C'est avec un grand plaisir que nous avons pu revoir notre ex chef de chorale et toute sa petite famille.
A cette occasion on a apprécié de revoir des "anciens" avec également des enfants présents ou à venir.
Et puis voilà comme quoi une joie peut en cacher une autre, nous avons appris l'arrivée de Mathilde petite soeur de Diane.
Sachons d'ores et déjà que 2015 sera une excellente année puisque nous fêterons l'arrivée de l'année de la chèvre de bois entourés de nombreux pitchouns.
Bises et bon bout d'an à tous
Nicole

dimanche 21 décembre 2014

Gestuelle chinoise



Comme vous avez pu le lire dans le précédant article, dimanche dernier nous étions à la Sainte Baume. Une photo du diaporama a peut-être attiré votre attention. En voici l’explication.

Je venais de verser un peu de vin à ma voisine. Elle me montra comment on pouvait remercier, en Chine, la personne qui vous a servi à boire. Vous pliez l’index et le majeur de la main droite une fois ou deux. 
Utile  pour ceux qui auraient oublié 谢谢

Jean-Louis

dimanche 14 décembre 2014

Saint Expédit




Lorsque j’arrive sur le grand parking au point de départ du chemin qui conduit à la grotte de la Sainte Baume je suis seul. Pas d’autres voitures. Il pleut. Le sol n’arrive plus à absorber l’eau. De grandes flaques bordent les chemins. Le massif montagneux disparait à moitié sous les nuages et la brume. Qu’allons-nous faire ? Irons nous jusqu’à la grotte ?

Les autres participants arrivent peu à peu et finalement Cécile, Nicole et Olivier emportent la décision : on se lance. En fait, la pluie tombe par averses intermittentes et nous ouvrons et refermons les parapluies. Le mien s'est trompé de saison. Fleuri aux couleurs de printemps, il remporte un certain succès et je crois qu’il va atterrir sur Facebook. Nicole n’est pas mal non plus emmitouflée sous 15 couches de pulls et un bonnet péruvien.

Au fur et à mesure que nous montons la brume se fait plus épaisse. Et je vois que ces paysages noyés dans la brume sont toujours en accord avec la sensibilité chinoise. Plusieurs de nos amis me disent aimer ces paysages qui leur rappellent leur pays, leurs peintures. La végétation est bien sûr moins luxuriante qu’au printemps. C’est une végétation d’hiver mais qui a son charme. Les feuilles jonchent le sol. Quelques boules rouges ornent les branches de houx et Olivier nous fait remarquer sur des bûches des champignons que l’on appelle en chinois mu er (oreille du bois). Le nom est bien trouvé. Nous arrivons à hauteur de la source de Nans qui sort cette année avec une vigueur particulière. Parfois la pluie tombe avec plus de force, occasion de faire des photos insolites. Un peu essoufflés nous arrivons aux escaliers qui mènent à la grotte, décidément on se croirait en Chine. Mais ce n’est pas fini. Nous sommes accueillis par un caractère chinois qui nous invite au silence. Des esprits mal tournés disent qu’il fut écrit après le passage d’un groupe Chinafi. Nous voici sur l’esplanade. Nous allons vite au refuge pour « marquer » notre territoire, c'est-à-dire déposer quelques sacs pour retenir nos tables. Nous ressortons et rencontrons un très sympathique Père dominicain originaire d’Haïti qui vient tout juste d’arriver en France. Evidemment c’est pour lui un choc culturel et …thermique. Il y a sept Pères à la Sainte Baume. Un est de permanence à la grotte les six autres sont dans le lieu de culte qui se trouve près de l’hostellerie. Je pénètre une nouvelle fois dans la grotte que je connais bien mais dont on ne se lasse pas. J’admire les vitraux, les statues de Sainte Marie-Madeleine et une petite crèche, ma foi, fort jolie.

Le Père nous a ouvert la petite boutique qui se trouve près du refuge. Claude me montre une médaille de Saint Expedit et me raconte son histoire. C’est le patron de la jeunesse et des causes perdues. Je trouve le rapprochement un peu curieux. Mais "patron des causes perdues" c’est assez extraordinaire. Il doit avoir de quoi faire et je me trouve pris immédiatement d’une sympathie pour ce saint. Le saint patron de notre chorale ???

Nous pénétrons dans le refuge pour déjeuner. Xiaojing ouvre sa première bouteille de vin et sautent les bouchons. Il faut bien ça pour nous réchauffer. Jean-Mi nous montre que de la buée sort de nos bouches. Heureusement c’est un amoncellement de victuailles. Je remarque que les Chinois aiment bien les crêpes car ce plat nous est proposé plusieurs fois, Olivier fait circuler sa délicieuse pâte de coing et comme d’hab. Nous mélangeons allègrement le sucré et le salé. Bien sûr, il ne peut pas y avoir de sorties Chinafi sans chansons. Nous enchaînons les morceaux et, période l’année oblige, nous chantons des chants de Noël. Olivier sort un flageolet et joue un morceau d’inspiration irlandaise. Nicole entraîne quelques une de nos amies dans une danse endiablée. Quelle ambiance ! J’ai souvent remarqué que l’ambiance à l’intérieur était d’autant plus chaleureuse qu’il faisait mauvais à l’extérieur.

Mais l’heure tourne. La météo a annoncé un renforcement de la pluie vers 15h00. Il nous faut repartir. La brume est encore plus épaisse et nous n'apercevons plus le haut de la falaise qui surplombe l'esplanade. Michel monte sur un banc pour nous parler de Marie-Madeleine. J’aime bien l’histoire de cette sainte, ancienne prostituée, qui montre une certaine ouverture d’esprit dans les textes fondateurs du christianisme.

Nous sommes montés par le chemin des rois. Nous redescendons par le chemin du canapé qui, comme son nom ne l’indique pas, n’est pas de tout repos. N'ayant pas oser user des commodités du bon Père, je cherche un endroit un peu discret. Mais j’entends soudain la voix de stentor de Michel qui crie « niao, niao » accompagnée de nombreux rires. C’est râpé pour la discrétion !

Nous faisons quelques pas avec un jeune dominicain en soutane et sandales. Nous lui expliquons le fonctionnement de Chinafi. Il trouve ça très bien.

Voici une main qui sort d’un arbre. C’est la main de Nicole, puis celle de Marie-Claude. La pluie se renforce. La météo ne s’était pas trompée. Heureusement nous arrivons aux voitures.

A mardi les amis pour une super chorale. Nous chanterons Noël.
Jean-Louis.

samedi 13 décembre 2014

Le Dragon chez Edmond

C'était samedi dernier au Café Edmond. J'ai eu l'opportunité de présenter le service du thé traditionnel avec du Pu er particulièrement recommandé en cette saison.




Un salon de thé accueillant, des participants attentifs




du thé de Taiwan de qualité exceptionnelle



Et l'ébauche de projets pour l'année prochaine à cette adresse : club de mah jong, cercle de poésie...

Qu'en pensez-vous?

Françoise

mardi 9 décembre 2014

Comment les différents noms donnés au colchique éclairent le poème

   
   
                                 Médée, peinture romaine


Le poème « Les colchiques » de Guillaume Apollinaire a donné lieu à de nombreuses études parfois fort érudites je pense notamment à celle de Jean-Claude Coquet (in Sémiotique littéraire), à celle de Claude Lévi-Strauss (in Le regard éloigné) ou encore  à celle de Bernard Mirgain : http://bmirgain.skyrock.com/1416015969-COMMENTAIRE-LES-COLCHIQUES-APOLLINAIRE.html . Le lecteur curieux pourra s’y reporter.

Dans le cadre de cet article, je me contenterai de puiser dans ces études les informations concernant les différents noms donnés au colchique au fil des siècles et dans différents pays. Outre le charme des mots, nous verrons que ces noms éclairent le poème et permettent de résoudre la petite énigme posée par la locution « Mères filles de leurs filles ».

Le colchique était parfois appelé veillote parce que sa floraison a lieu à l’époque où commencent les longues veillées. Les anciens botanistes le nommaient Filius ante patrem (le fils avant le père) car l’apparition des fleurs précède de plusieurs mois celle des feuilles : la première se produit à l’automne, la seconde au printemps de l’année suivante. Cette particularité suffirait pour éclairer l’épithète « mère fille de leurs filles ». Apollinaire était assez érudit pour avoir choisi de remployer ces vieux termes. Il connaissait probablement aussi leur lointaine origine mystique qui leur donne plus de saveur et les rend éminemment  propres à remplir une fonction poétique. On retrouve, par exemple, l’expression chez Chrétien de Troyes parlant de la Vierge Marie : « Puisse vous l’accorder le glorieux père qui fit de sa fille sa mère ! »

Venons en maintenant à l’étymologie du mot colchique. Ce nom est dérivé de Colchide, une région d’Asie mineure, actuelle Georgie. C’est là que vivait Médée. L’histoire de Médée,  particulièrement sombre, est ponctuée de meurtres et de fuites. Médée, était la fille d'Æétès, roi de Colchide. Très tôt, Médée, comme sa tante Circé, devint une magicienne habile et une prêtresse d'Hécate. Quand les Argonautes débarquèrent en Colchide, pour conquérir la Toison d'or, ils se heurtèrent à l'hostilité d'Æétès, gardien du trésor. Cependant ils reçurent l'appui de Médée qui s'était éprise de Jason. Experte en magie, elle donna à son amant un onguent dont il devait s'enduire le corps pour se protéger des flammes du dragon qui veillait sur la Toison d'or. Elle lui fit aussi présent d'une pierre, qu'il jeta au milieu des hommes armés, nés des dents du dragon: aussitôt, les guerriers s'entre-tuèrent et le héros put s'emparer de la Toison Pour remercier Médée, Jason lui proposa de l'épouser. La magicienne s'enfuit alors avec lui, et, afin d'empêcher Æétès de les poursuivre, elle tua son frère Absyrtos, dont elle sema les membres sur sa route pour retarder les poursuivants Selon la légende les  colchiques seraient nés d’une goutte de poison détenu par Médée et tombée au sol. D’Euripide à Anouilh, de Charpentier à Darius Milhaud, de Pasolini à Lars von Trier le mythe de Médée a donné naissance à un nombre impressionnant de tragédies, d’opéras et de films.

Guillaume Apollinaire grand connaisseur de la mythologie a certainement pensé à cette légende en écrivant son poème. Sans doute savait-il également que les Anglais désignent le colchique par le mot "meadow saffran" (le safran des prés, aux vertus aphrodisiaques) et le surnomment "naked lady »" (femme nue). Les Allemands le nomment couramment "Herbstzeitlos" (ce qui signifie automne éternel). Dans certains parlers dialectaux ou régionaux, le colchique se dit "nakte Jungfer" (la vierge nue) ou bien « Nackte Hur » (la prostituée nue). La notion de nudité associée au colchique que l’on retrouve en Angleterre et en Allemagne s’expliquant par l'absence de feuilles vertes autour de la fleur puisque comme on l’a vu plus haut les feuilles apparaissent après les fleurs.

J’ai maintenant une question pour nos amis chinois : comment dit-on colchique en chinois ? Y a-t-il des légendes attachées à cette fleur ?

Ce poème est peut-être un peu dérangeant car l’amour y rime avec souffrance, Eros avec Thanatos. Cela s’explique par des éléments biographiques :  placé juste après “La chanson du mal aimé”, il appartient au « Cycle d’Annie » en souvenir de son amour malheureux pour Annie Playden. Mais maintenant, toutes choses apaisées et sublimées et pour reprendre les mots de Marguerite Yourcenar et d’Aragon peut-être peut-on pardonner aux colchiques et à Médée comme « on pardonne à l’amour qui fait tant souffrir » car « la souffrance engendre les songes comme une ruche ses abeilles » : un poème, un air de guitare, un opéra.

Pour terminer cet article revenons à notre question : faut-il expliquer un poème ? Les différents noms donnés au colchique nous ont conduits à ouvrir les livres des anciens botanistes, à rencontrer les Argonautes à la recherche de la Toison d’or, à nous promener dans les prairies d’Angleterre et d’Allemagne. Dans son étude sur le poème d'Apollinaire, Claude Lévi-Strauss écrit : « Si une figure mythique, poétique ou plus généralement artistique nous émeut, c’est parce qu’elle offre à chaque niveau une signification spécifique qui reste néanmoins parallèle aux autres significations, et parce que, de façon plus ou moins obscure, nous les appréhendons toutes en même temps ». C’est pourquoi personnellement j’aime les commentaires, les notes qui nous aident à mieux comprendre un poème et d’une manière plus générale une œuvre d’art.

Cela est vrai pour les poèmes français, cela l’est encore plus pour les poèmes chinois pour lesquels il faut non seulement expliquer le contexte culturel mais où l’on se heurte également à des problèmes de traduction. Ce soir, Marie-Claude et Michel m’ont prêté une anthologie de poèmes chinois. J’y ai retrouvé un poème de Tao Yuanming que j’avais déjà lu dans une autre anthologie. Mais entre les deux anthologies la traduction est sensiblement différentes. C’est ce que nous verrons dans un prochain article en espérant qu’un membre de notre chère chorale pourra nous aider à mieux comprendre  le poète chinois.

Jean-Louis

jeudi 4 décembre 2014

Faut-il expliquer les poèmes ?

Temps pluvieux, brumeux. Pas de doute c’est bien l’automne. A chaque saison ses traditions et ses plaisirs.  C’est aujourd’hui la Sainte Barbe. N’oubliez pas de planter votre blé dans trois coupelles en rappel de la trinité.

                                        Le blé de la Sainte Barbe

A chaque saison ses traditions mais aussi ses poèmes. Les éditions Moudarren ont eu l’excellente idée de publier un recueil de poèmes chinois pour chaque saison (On peut les trouver à l’Alcazar). Ces poèmes sont illustrés de belles calligraphies. Le poème chinois que je vous présente aujourd’hui est de Yang Wan Li, un poète de la dynaste des Song. Comme poème français j’ai choisi Les colchiques de Guillaume Apollinaire car il contient une petite énigme qui nous conduira à nous poser cette question : faut-il expliquer un poème ?

Le poème chinois



Le bananier de Yang Wan Li
Quand le bananier rencontre la pluie aussitôt il se réjouit
Toute la nuit il produit un son clair, joli de surcroît
Les notes aigües imitent ingénieusement les mouches heurtant le papier
Les notes graves résonnent comme une source descendant la montagne
Trois gouttes, cinq gouttes, je les entends toutes distinctement
Les dix mille bruits se sont tus, cette nuit d’automne est tranquille
Le bananier seul se réjouit, l’homme seul s’attriste
Je préférerai que le vent d’ouest cesse et que la pluie cesse aussi
Traduit par Cheng Wing fun et Hervé Collet


Le poème français

On pourrait surnommer Guillaume Apollinaire "le poète de l’automne".
Dans Signe, il déclare être soumis au signe de cette saison :

Mon Automne éternelle ô ma saison mentale

Dans Automne malade il écrit :

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs
Les fruits tombant sans qu’on les cueille
Le vent et la forêt qui pleurent
Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille.

Aujourd’hui  pour illustrer l'automne, j’ai choisi Les colchiques un poème très connu qui contient dans ses vers 10 et 11 une petite énigme mythico-littéraire :


Les colchiques
Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-la
Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne
Les enfants de l'école viennent avec fracas
Vêtus de hoquetons et jouant de l'harmonica
Ils cueillent les colchiques qui sont comme des mères
Filles de leurs filles et sont couleur de tes paupières
Qui battent comme les fleurs battent au vent dément
Le gardien du troupeau chante tout doucement

Tandis que lentes et meuglant les vaches abandonnent
Pour toujours ce grand pré mal fleuri par l'automne

Guillaume Apollinaire « Alcools » 1913

Apollinaire déclare que les colchiques sont comme des « mères filles de leurs filles ». Que signifie cette expression ? S’agit-il d’une licence poétique ? Ou peut-on l’expliquer par des considérations botaniques, historiques, mystiques ou mythologiques. Si oui ces explications renforcent-elles l’émotion esthétique que nous ressentons en lisant ce poème ?
Je vous propose d'aborder ces questions dans un prochain article.

Jean-Louis

dimanche 30 novembre 2014

Quand l'enthousiasme rencontre la fadeur

Quand le Pérou rencontre la Chine

Les articles de Jean-Louis sur notre blog ont eu un retentissement qui nous ouvre des perspectives : une des élèves de Pan Jie du cours de peinture "confirmés" de Chinafi a été enthousiasmée par la mise en relation de poèmes de Verlaine et de l'Eloge de la fadeur de François Jullien


Quand la poésie rencontre la peinture

 Et...c'est parti! Une 1ère réunion sur le thème de la fadeur en poésie et en peinture s'est tenue pendant le cours de Pan Jie à l'initiative de Maritza (merci à eux, à tous les élèves et à Dan).
Le thème a été développé à partir de la lecture d'un poème de Verlaine et des apports des livres de Jean-Pierre Richard, François Jullien et Claude Roy.

sans oublier la "dilution"



Pan Jie nous  a aidés à relier tout cela à la peinture chinoise, à l'imprécision des formes, à la dilution de l'encre...
Nous continuerons et prévoyons d'organiser des rencontres plus larges, des expositions, publications, etc.
A suivre...

Françoise

vendredi 28 novembre 2014

2 concerts à Marseille et Aix en Provence les 4 et 5 décembre 2014


2 concerts au profit d'un petit village en Haïti « l’ANSE PIROGUE » que l’association GLISSANDO  soutient  depuis plusieurs années.
"Les journées de la harpe " se déplaceront pour la 1ere fois en Haïti fin décembre 2014 pour offrir un concert au village de l'Anse Pirogue et aux habitants de Port au Prince .
2014 commémore 50 ans de relations diplomatiques entre la France et la Chine . A cette occasion  nous mêlerons les musiques de Chine, des Antilles et d' Amérique du sud en soutien en Haïti .
Au programme :
•    des airs traditionnels chinois joués à la flûte traditionnelle chinoise (hulusi), au steel pan , à la harpe, au piano ou à la clarinette,
•    des compositions de Madame Bun Ching LAM (prix de Rome)
•    des valses, biguines et mazurkas des Antilles ,
•    des musiques du Vénézuéla et du Paraguay,
•    des oeuvres de Villa Lobos, Machado, Piazzola et
•    des compositions d'Eddy Gustave et de Guy Louiset

Un grand rendez vous à ne pas manquer avec plusieurs invités surprise !
Eddy Gustave de Guadeloupe et Guy Louiset de Martinique seront à l'honneur



A bientôt


Olivier


mercredi 26 novembre 2014

Il pleuvait fort sur la grand'route...





A tel point que j’ai eu un peu de mal à rentrer chez moi hier.
Mais ce fut quand même une bien belle journée qui s’est terminée par une bien belle soirée à la chorale. Malgré la pluie nous formions un joli petit groupe.Nous avons reçu le renfort toujours très apprécié d’Olivier qui, avec Xiaojing, nous a accompagnés à la flûte. Nous avons accueillis deux nouvelles choristes Xinyi à qui nous devons les photos de ce message et Menglei qui nous a offert en partant un petit concert improvisé au piano.

Merci à tous pour ces soirées toujours si sympathiques.
Jean-Louis

samedi 22 novembre 2014

Sainte Cécile, musicienne du silence


Pour toutes les Cécile et les musiciens que nous connaissons, un poème de Stéphane Mallarmé dédié à Sainte Cécile.

Le caractère énigmatique, voire hermétique de ce poème, l’oxymore du dernier vers « musicienne du silence » ont de quoi surprendre. Ils raviraient pourtant un lettré chinois.

Dans les deux premiers quatrains Sainte Cécile est entourée de livres anciens et d’instruments qui composent un orchestre Renaissance : viole, flute, mandore. Ces instruments terrestres font place dans les deux derniers quatrains à un instrument céleste : une harpe formée par les ailes d’un ange. Les éléments matériels : vieux livres, instruments anciens sont remplacés par des gestes presque imperceptibles. La présence est sentie seulement par le mouvement : le vol de l’ange. La délicate phalange de la Sainte effleure le plumage instrumental. La musique devient de plus en plus éthérée pour aboutir au silence. Dans sa quête d’absolu, Mallarmé a la même intuition que les penseurs chinois. C’est le Vide, le silence qui contient tous les possibles.

Le poème se présente comme un diptyque où s’opposent passé (jadis deux fois) et présent, situation figée et mouvement, musique et silence. Mais dans la pensée chinoise les opposés Plein et Vide, musique et silence sont complémentaires et c’est de leur mise en perspective que naît leur valeur réciproque. Il en va pour moi ainsi dans ce poème.

Sainte a été mis en musique par Maurice Ravel.

Bonne fête aux Cécile, aux Célia. A nos amies, à nos cousines.
Jean-Louis

Sainte
A la fenêtre recélant (1)
Le santal vieux qui se dédore (2)
De sa viole étincelant
Jadis avec flûte ou mandore (3) ,

Est la Sainte (4) pâle, étalant
Le livre vieux qui se déplie
Du Magnificat ruisselant
Jadis selon vêpre et complie :

A ce vitrage d’ostensoir
Que frôle une harpe par l’Ange
Formée par son vol du soir
Pour la délicate phalange

Du doigt que, sans le vieux santal
Ni le vieux livre, elle balance
Sur le plumage instrumental,
Musicienne du silence.

1 Cacher et contenir
2 Perd son placage d’or, ses incrustations dorées, pour l’instrument de musique
3 Ancien instrument de musique à cordes, proche du luth
4 Sainte Cécile, patronne des musiciens






Pour aller plus loin : http://philo-lettres.fr/litterature_francaise/mallarme.html

vendredi 21 novembre 2014

Le Poète


Dans le film La Petite Venise, le poète c’est Bepi, l’ami de Li Shun, c’est aussi Qu Yuan, le poète chinois dont on célèbre la mémoire le jour de la fête des bateaux dragons.

J’ai particulièrement aimé la scène du début où deux jeunes chinoises font flotter des petites lanternes dans une baignoire en demandant la protection du poète. Plus tard, sans doute le jour du double cinq, Li Shun fera flotter une lanterne dans le canal de Chioggia.

Pour prolonger ces scènes émouvantes et esthétiquement belles je vous propose extrait du Lisao, poème de Qu Yuan. On peut traduire Lisao par Tristesse de la séparation, tristesse que devait certainement ressentir Li Shun séparée de son fils, de sa famille, de ses amis.


A l’aurore, je bois la rosée tombée sur les fleurs de magnolia,
Au crépuscule, je mange les pétales tombés des chrysanthèmes,
Il suffit de jouir d’une nature simple et belle
Je ne serai pas hâve, triste même avec un visage blême.

In Anthologie de la poésie chinoise classique (Les belles lettres)


Jean-Louis

jeudi 20 novembre 2014

Chorale

Notre chorale s'adjoint de nouveaux talents : flûtiste et prof. de danse et comme l'on sait depuis longtemps que le ridicule n'a jamais tué personne (enfin, moi!), on se lance!
Le prochain spectacle sera plein de surprises.

mercredi 19 novembre 2014

La petite Venise

Ce soir sur Arte à 20h50 un film très attachant : La Petite Venise (Le titre italien est Io sono Li)

Sur la lagune vénitienne, une jeune immigrée chinoise sympathise avec un pêcheur local. Ce lien qui les unit sème bientôt le trouble dans leurs communautés respectives.

Cécile et Olivier avaient signalé ce film le 16 juin 2012 sur un article du blog qui avait donné lieu à plusieurs commentaires. Je vous invite à vous y reporter et à voir ou revoir ce beau film.
Jean-Louis




lundi 17 novembre 2014

La Dorgonne : les photos de Xinyi




Les photos prises par Xinyi au domaine de la Dorgonne avec notamment une belle photo panoramique.
Un grand merci à elle.
Jean-Louis

dimanche 16 novembre 2014

La Dorgonne : vin, marrons et chamallows



L’automne est toujours associé à la vigne, aux vendanges et au vin. C’est donc fort à propos que Nicole et Béatrice ont la bonne idée aujourd’hui de nous proposer la visite d’une cave située dans le beau domaine du château de La Dorgonne à environ 5 km de La Tour d’Aigues.

Nous avons de la chance car nous bénéficions d’un créneau de beau temps entre les pluies diluviennes qui arrosent cette saison la Provence. La rencontre connait un grand succès. Nous sommes en effet 32 à nous retrouver au départ de la promenade qui doit précéder la visite de la cave. Nous avons la joie de retrouver quelques anciens mais il y a également beaucoup de nouveaux et pour la première fois depuis longtemps un assez gros contingent venu d’Aix.

Sur le parking nous sommes accueillis par deux chiens très sympathiques qui seront nos compagnons de route pendant toute la balade. Nous suivons un sentier balisé jonché de feuilles mortes qui serpente à travers les vignes et les plantations d’oliviers. Nous traversons quelques belles clairières bordés de chênes que j’imagine centenaires au vu de leur taille. Les couleurs de l’automne sont très belles. Le bleu éclatant du ciel contraste avec les couleurs des feuilles des vignes et des arbres qui s’étagent du jaune doré au presque rouge. En toile de fond le Luberon où quelques bancs de brouillard s’accrochent encore. Il reste parfois une ou deux grappes de raisin sur les ceps et nous goutons quelques grains devenus grenats.

Une petite montée nous permet de revenir à la hauteur des bâtiments. La visite commentée de la cave peut commencer. Sur la droite d’immenses cuves en bois abrite la fermentation du vin rouge. Sur la gauche des cuves en inox contiennent le vin blanc et le vin rosé. Elles sont entourées de circuits d’eau froide nécessaire à la fabrication de ces deux catégories de vins. Au fond s’ouvre une deuxième partie où s’empilent de beaux tonneaux de vins.

Nous ressortons pour la dégustation des vins. Notre guide nous commente les vins qui présentent plus ou moins de « rondeur ». Il nous explique certaines techniques de la culture biologique. Par exemple celle qui consiste à faire pousser au pied des vignes des vignes des légumineuses ou des céréales pour les coucher avant qu’elles ne produisent des fruits. Le tapis ainsi formé absorbera les maladies de la vigne et évitera un trop important sulfatage. Les vins sont accompagnés de tapenades. J’ai particulièrement apprécié celles à la confiture d’olives. Ce qui est un peu paradoxal car je n’aime pas les olives dans leur forme habituelle.
Anne a pris mon appareil photo et nous lui devons quelques beaux portraits et quelques beaux clichés de bouteilles. J’aime particulièrement celle où une bouteille de vin blanc projette son ombre sur la table.


Mais il est temps d’aller chez Béatrice qui a la gentillesse de nous ouvrir les portes de sa propriété pour que nous puissions pique-niquer. Nous déplaçons tables et chaises au fond du jardin et nous formons un cercle respectable. Ce qui est très sympathique c’est que toutes les générations sont représentées puisque les mamans de Nicole et de Béatrice font partie de notre groupe. C’est le mélange des générations et des cultures qui fait, à mon sens, tout l’intérêt des rencontres Chinafi. Nous partageons nos provisions et Béatrice nous fait passer des plats de marrons grillés, pour moi les premiers de la saison. Après le thé et le café, Nicole anime une partie de jeu de balles. Igor nous fait des fêtes. Mais le froid se fait bientôt sentir et nous nous réfugions à l’intérieur du « cabanon ». C’est très chaleureux et l’on se sent tout de suite bien. Un bon feu brule au fond de la pièce. Je remarque sur une poutre en hauteur une série de canards dont le plus drôle se prélasse sur le dos. Anne et Sangni font des grimaces à travers le carreau. Claude a eu la bonne idée d’emmener des chamalows que l’on passe sur le feu au bout de petites baguettes. C’est un franc succès.

Et puis nous chantons. Et ce fut, pour moi, le meilleur moment de la journée. Nous battons la mesure avec les baguettes de chamalows. Parfois le courant passe, d’autres non. Pourquoi ? Nicole me disait en sortant que cela tenait peut-être à l’étroitesse du lieu qui renforce le sentiment d’être ensemble. En tout cas je pense que nos nouveaux amis ont été contents de la journée.

Un grand merci à Nicole et Béatrice pour avoir eu l’idée de cette sortie. Un grand merci à Béatrice et sa maman pour leur accueil si chaleureux.
Jean-Louis

dimanche 9 novembre 2014

Le plus ancien poème français


Dans un article récent, je rappelai que les Serments de Strasbourg avaient été prononcés puis rédigés non pas en latin mais en langues « vulgaires » pour être compris par tous devenant ainsi les premiers textes écrits en français et en allemand.

La Séquence ou Cantilène de Sainte Eulalie qui est le plus ancien texte poétique et littéraire français qui nous soit parvenu s’inscrit dans la même symbolique. Le texte de ce poème se trouve dans un manuscrit conservé à la bibliothèque de Valenciennes après avoir appartenu et peut-être rédigé à l’Abbaye de Saint-Amant-Les-Eaux. Le manuscrit comporte des sermons de Saint Grégoire de Naziance pour le jour de la Pentecôte ainsi que des textes latins et un texte allemand le Rithmus Teutonicus. Ce n’est peut-être pas un hasard si la Séquence est associée à des textes en diverses langues et à un texte destiné à être prononcé le jour de la Pentecôte. On se souvient que, pour la tradition chrétienne, l’Esprit Saint est descendu, le jour de la Pentecôte, sur les apôtres pour leur permettre d’être compris par tous les peuples qu’ils iraient évangéliser. Selon la linguiste Renée Balibar, la Pentecôte abolit la notion de langue sacrée, dont la connaissance est réservée à une caste religieuse et érudite. Toute langue peut apporter la parole du Christ mais aussi produire des monuments littéraires.

Il est, en outre, significatif qu’Eulalie vient du grec eulalos qui signifie « celle qui parle bien ». Eulalie parle bien parce qu’elle sait repousser les tentations de ceux qui veulent la détourner du Christ. N’est-il pas remarquable que la poésie française soit née sous le patronage d’une Sainte qui parle bien ?

La Séquence a été composée vers 880 peu après la découverte des reliques de la Sainte à Barcelone. La Cantilène est un hymne religieux destiné à être chantée dont la musique s’est perdue. Elle raconte comment, au cours de la persécution des Chrétiens ordonnée dans tout l’empire romain par Dioclétien, une jeune fille de treize ans appartenant à une riche famille de Mérida refusa de renier sa foi. C’était aller au-devant du martyre qu’Eulalie subit avec un courage exemplaire. Au moment où Eulalie expira, on vit une colombe blanche sortir de la bouche de celle-ci et s’élever vers le ciel. C’est par cette image, suivie d’une prière, que s’achève le texte de la Séquence. Sainte Eulalie est la patronne de Barcelone.


Voici le texte de la Séquence en proto français suivie de sa translation en français moderne. Il est difficile de comprendre le texte sans la translation. Pourtant lorsque l’on s’aide de celle-ci on reconnait la plupart des mots.

Texte en roman
Buona pulcella fut Eulalia.
Bel avret corps bellezour anima.
Voldrent la veintre li Deo inimi.
Voldrent la faire diaule servir.
Elle nont eskoltet les mals conselliers.
Qu’elle Deo raneiet qui maent sus en ciel.
Ne por or ned argent ne paramenz.
Por manatce regiel ne preiement.
Niule cose non la pouret omque pleier.
La polle sempre non amast lo Deo menestier.
E por[ ]o fut presente de Maximiien.
Chi rex eret a cels dis soure pagiens.
Il[ ]li enortet dont lei nonque chielt.
Qued elle fuiet lo nom christiien.
Ellent adunet lo suon element
Melz sostendreiet les empedementz.
Quelle perdesse sa virginitet.
Por[ ]os suret morte a grand honestet.
Enz en l fou la getterent com arde tost.
Elle colpes non avret por o no s coist.
A[ ]czo nos uoldret concreidre li rex pagiens.
Ad une spede li roueret tolir lo chief.
La domnizelle celle kose n[on] contredist.
Volt lo seule lazsier si ruouet Krist.
In figure de colomb volat a ciel.
Tuit oram que por[ ]nos degnet preier.
Qued avuisset de nos Christus mercit
Post la mort et a lui nos laist uenir.
Par souue clementia.


Translation en français moderne
Bonne pucelle fut Eulalie.
Beau avait le corps, belle l'âme.
Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu,
Voulurent la faire diable servir.
Elle, n'écoute pas les mauvais conseillers :
« Qu'elle renie Dieu qui demeure au ciel ! »
Ni pour or, ni argent ni parure,
Pour menace royale ni prière :
Nulle chose ne la put jamais plier
À ce la fille toujours n'aimât le ministère de Dieu.
Et pour cela fut présentée à Maximien,
Qui était en ces jours roi sur les païens.
Il l'exhorte, ce dont ne lui chaut,
À ce qu'elle fuie le nom de chrétien.
Qu'elle réunit son élément [sa force],
Mieux soutiendrait les chaînes
Qu'elle perdît sa virginité.
Pour cela fut morte en grande honnêteté.
En le feu la jetèrent, pour que brûle tôt :
Elle, coulpe n'avait : pour cela ne cuit pas.
Mais cela ne voulut pas croire le roi païen.
Avec une épée il ordonna lui ôter le chef :
La demoiselle cette chose ne contredit pas,
Veut le siècle laisser, si l'ordonne Christ.
En figure de colombe, vole au ciel.
Tous implorons que pour nous daigne prier,
Qu'ait de nous Christ merci
Après la mort, et qu'à lui nous laisse venir,
Par sa clémence.


A suivre,
Jean-Louis

mardi 4 novembre 2014

Que faire quand il pleut ?

Que faire de soi-même et du temps, quand il pleut
Comme pour un nouveau déluge, et qu'on ne peut
Aller voir ses amis et qu'il faut qu'on demeure ?


Comme Théophile Gautier, je n’ai pu aller voir mes amis aujourd’hui, Zeus, le dieu de la pluie et du tonnerre, ayant décidé d’arroser la Provence.Alors que faire quand il pleut ? Comme l’auteur du Capitaine Fracasse, on peut écouter le son de l’eau :

Moi, j'écoute le son de l'eau tombant dans l'eau.

Mais l’on peut aussi écrire des articles sur notre blog, par exemple en comparant des poèmes français et chinois écrits sur la pluie. C’est une chose facile et l’on a que l’embarras du choix tant la pluie a inspiré les poètes.

J’en ai choisi deux aujourd’hui. Le poème chinois est de Mo-qi Yong (XI° siècle). Le poème français est Marc-Antoine Girard de Saint-Amant. Au départ je voulais citer un magnifique poème de Paul Claudel. J’ai finalement opté pour le poème de Saint-Amant car il contient presque mot pour mot la même image que le poème chinois : celle de la pluie tombant sur le feuillage. Mais pour le poème de Claudel, ce n’est que partie remise. Je ne doute pas que Zeus ressorte bientôt sa foudre et la pluie pour me permettre de vous le présenter.

Voici le poème chinois :


Il est difficile pour un Français qui ne parle pas chinois d’apprécier à sa juste valeur un poème chinois. Pourtant ici même sans comprendre la langue on peut être sensible à la répétition, à la musique des sons que l’on trouve dans les premiers vers :
Yi sheng sheng
Yi geng geng
Qui me semble t-il évoque bien le goutte à goutte de la pluie.

La pluie sur l’air de « On languit d’amour » de Mo – qi Yong (11° siècle)
Ronde après ronde
Et goutte à goutte,
La pluie inonde
La belle voûte de feuillage frêle.
Quel crève-cœur
De se mettre
A la fenêtre
A la lueur
De la chandelle !

Je ne peux m’endormir
Ni endormir mes chagrins.
Sans souci de l’ennui
Qu’elle apporte,
La pluie
Tombe jusqu’au matin
Devant la porte.

Extrait de l'anthologie 300 poèmes chinois classiques (Edition de l'Université de Pékin)


Voici un extrait du poème de Saint-Amant
La pluie
Payen, sauvons-nous dans la salle,
Voilà le nuage crevé ;
Ô Comme à grand flots il dévale,
Déjà tout est abreuvé ;
Mon Dieu ! quel plaisir incroyable !
Que l’eau fait un bruit agréable
Tombant sur ces feuillages verts !
Et que je charmerais l’oreille,
Si cette douceur non pareille
Se pouvait trouver en mes vers.


A bientôt,
Jean-Louis

dimanche 2 novembre 2014

Une double naissance


Les Serments de Strasbourg

Dans un article récent j’ai évoqué le Livre des Odes, le plus ancien recueil de poèmes chinois connus. J’avais prévu, dans un deuxième article, de traiter du plus ancien poème français : La Séquence de Sainte Eulalie. Toutefois, toutes les anthologies qui présentent cette poésie parlent d’un texte antérieur de quelques années qui serait le premier texte en français (ou proto français). Ce n’est pas un texte littéraire. On pourrait plutôt le qualifier de document « politique ». Il s’agit des Serments de Strasbourg. Intrigué par ce qu’en disaient les anthologies j’ai fait quelques recherches qui intéresseront peut-être ceux qui, comme moi, ne connaissaient pas les Serments et leur importance symbolique puisque ce sont les premiers textes officiels écrits non pas en latin mais en langue dite vulgaire : en roman ancêtre du français et tudesque ancêtre de l’allemand.

À la mort de Louis le Pieux (le fils de Charlemagne) en 840, son fils aîné Lothaire Ier revendique l'empire au détriment de ses frères Louis le Germanique et Charles le Chauve qui se liguent contre lui. Le 24 juin 841, Lothaire est défait lors de la bataille de Fontenoy.

Charles et Louis passent alors un traité d’alliance contre leur frère ainé. Ils se rencontrent à Strasbourg le 14 Février 842 pour sceller leur accord. Les organisateurs de la cérémonie avec un sens certain du spectacle ont voulu lui donner un éclat exceptionnel. Il était donc essentiel que tous entendent et comprennent les serments échangés. Ils seront donc prononcés puis rédigés en langue vulgaire.

Pour être compris des soldats de son frère, Louis prononce le serment en roman, langue dérivée du bas latin d’où procéderont la langue d’oïl et le français.

Réciproquement Charles prononcera le serment en langue tudesque pour être compris des soldats de Louis. Le mot tudesque est issu du germanique theudisk, qui donnera en ancien haut-allemand diutisc puis deutch. Il signifie « le peuple ». Deutchland est donc le pays du peuple. Ici une remarque qui intéressera l’ethnologue : « le peuple » : c'est la famille culturelle à laquelle on appartient. Dans les cultures anciennes (mais aussi chez les peuples premiers), il était très fréquent de se désigner par un mot qui signifiait tout simplement : les hommes, la tribu, le peuple, le clan, par opposition aux "autres". On donnait un nom aux "autres" quand ils étaient des voisins installés depuis plusieurs générations. Très souvent, les noms des peuples ont été donnés par "les autres" et non par les peuples eux-mêmes.

Voici un extrait du serment en langue romane :
« Pro Deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo et in aiudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dift, in o quid il mi altresi fazet, et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui meon vol cist meon fradre Karle in damno sit.

Soit en français moderne :
« Pour l'amour de Dieu et pour le peuple chrétien et notre salut commun, à partir d'aujourd'hui, en tant que Dieu me donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère Charles par mon aide et en toute chose, comme on doit secourir son frère, selon l'équité, à condition qu'il fasse de même pour moi, et je ne tiendrai jamais avec Lothaire aucun plaid qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mon frère Charles. »

Le serment en langue tudesque :
« In Godes minna ind in thes christianes folches ind unser bedhero gealtnissi, fon thesemo dage frammordes, so fram so mir Got geuuizci indi mahd furgibit, so haldih tesan minan bruodher, soso man mit rehtu sinan bruodher scal, in thiu, thaz er mig sosoma duo ; indi mit Ludheren in nohheiniu thing ne gegango, zhe minan uuillon imo ce scadhen uuerhen. »

Soit en français moderne :
« Pour l'amour de Dieu et pour le salut du peuple chrétien et notre salut à tous deux, à partir de ce jour dorénavant, autant que Dieu m'en donnera savoir et pouvoir, je secourrai ce mien frère, comme on doit selon l'équité secourir son frère, à condition qu'il en fasse autant pour moi, et je n'entrerai avec Lothaire en aucun arrangement qui, de ma volonté, puisse lui être dommageable. »

Les serments seront entérinés l’année suivante par le traité de Verdun qui divise l’empire en trois parties : à l’ouest la Francie occidentale attribuée à Charles, au centre une étroite bande de territoire revient à Lothaire et prend son nom : la Lotharingie (d’où vient le nom de Lorraine) ; enfin Louis le Germanique reçoit tous les territoires situés à l’est du Rhin (la Francie orientale ou Germanie).

Je prie le lecteur d’excuser cette digression qui nous a un peu éloignés de notre propos : la lecture comparée des poésies chinoises et françaises. Mais il m’a semblé intéressant de noter que les premières traces écrites du français (ou du proto français) et de l’allemand (ou du proto allemand).
se trouvaient sur le même texte. J'ai pu également relever quelques étymologies et remarques linguistiques et ethnologiques.

Je reviendrai à notre sujet dans un prochain article avec le second texte complet de la langue française qui est la Séquence de sainte Eulalie considérée comme le premier texte de la littérature française.
Jean-Louis

mercredi 29 octobre 2014

Marseille 2014, les photos de Wang Xinyi



Wang Xinyi vient de nous transmettre ces photos prises dimanche dernier. Xinyi est une étudiante dont la spécialité est la photographie. Elle s'est proposé de couvrir les évènements de Chinafi. Peut-être une expo photos dans quelques mois ?
Un grand merci à elle.
Jean-Louis

dimanche 26 octobre 2014

Marseille 2014 : des idées à ne plus que savoir en faire !



Comme l’année dernière, Danielle a la bonne idée de présenter Marseille aux étudiants chinois qui viennent d’arriver dans notre ville. Mais cette promenade s’adresse aussi à tous ceux qui veulent mieux connaître la Cité Phocéenne. Marseillais de longue date j’ai beaucoup appris aujourd’hui comme je vais essayer de le restituer dans ce compte rendu.

Nous avons rendez-vous à 9h30 en haut des escaliers de la Gare Saint Charles. Je constate avec plaisir que non seulement personne ne manque à l’appel mais que deux ou trois personnes supplémentaires sont venues nous rejoindre. Sur l’esplanade de la gare, Danielle retrace les grandes étapes de l’histoire de la ville la plus vieille de France.

Nous faisons une première étape devant les statues qui se trouvent tout en bas du grand escalier. Un groupe représente une princesse khmère qui symbolise les colonies asiatiques, vis à vis se trouve la statue d’une jeune femme noire, symbole des colonies africaines. Nous descendons le boulevard d’Athènes. Arrivés à la place des Capucines nous pouvons voir la plus ancienne fontaine de Marseille : la fontaine Fossati édifiée en 1778, quatre lions portant un obélisque dominent quatre dauphins qui à l’origine crachaient de l'eau. Nous empruntons la rue Tapis Vert devenue une rue de grossistes en vêtements. Au numéro 44 se trouve l’église de la Mission de France. Sa façade baroque cache un bel intérieur.

Nous arrivons bientôt devant un monument construit à l’image d’un temple antique. C’est la halle Puget édifiée par le grand architecte marseillais du même nom.

Nous nous arrêtons quelques instants devant l’Alcazar qui fut une salle de spectacles avant de devenir une bibliothèque. Francis nous rappelle que le public marseillais était réputé pour son exigence. Il n’hésitait pas à ne munir de cageots remplis de légumes avariés pour bombarder les artistes qui n’étaient pas à son goût.

Nous reprenons notre promenade pour arriver rue de la République. Cette voie fut construite sous le second Empire pour relier le Vieux Port au nouveau Port de La Joliette. Son percement nécessita la destruction d’un millier de maisons et de 61 rues. Il fallut aplanir une colline dont les parois sont encore visibles à certains endroits de la rue. Danielle nous montre les habitations de style haussmannien qui la borde. Elle nous indique qu’il s’agissait de faire venir la bourgeoisie marseillaise près du centre ville. Cependant, peut-être celle-ci n'appréciait-elle pas la proximité du port et les activités portuaires incessantes de cette époque qui vont avec, toujours est-il qu'elle ne s'y installa pas.

Nous empruntons le passage de Lorette et nous voici dans le sympathique quartier du Panier. Nous escaladons les ruelles aux noms si pittoresques, observons les publicités peintes sur les murs pour vanter le pastis marseillais, prenons des photographies des devantures de magasins couleur locale. Une pancarte indique la maison des artistes. Le Panier est un peu devenu le Montmartre marseillais. Il est vrai que certaines places ont des allures de place du Tertre.

Voici La Vieille Charité. A l’origine, c’est un hospice construit au XVII° siècle pour « l’enfermement » des pauvres et des vagabonds de Marseille. Nous montons aux étages composés de galeries dominant la vaste cour rectangulaire. Par les arcades nous pouvons voir la chapelle construite sur les plans de Pierre Puget. Elle est coiffée d’une coupole elliptique. Danielle nous dit qu’il n’en existe que deux de la sorte dans le monde, la deuxième se trouvant à Saint Pierre de Rome. A un moment notre guide nous montre par-dessus les toits de tuile rouge le clocher des Accoules et dans son prolongement Notre Dame de la Garde. Je prends la perspective en photo.


La Vieille Charité abrite de nombreuses expositions que nos amis voudront certainement découvrir pendant leur séjour à Marseille.

Nous voilà de nouveau dans les ruelles du Panier. Nous prenons en photo la pittoresque façade de « l’association des bien fêteurs » en face du restaurant japonais de Kaoru. Voici la « maison du petit canard », une maison d’hôtes qui a pour devise « vous dormez avec une œuvre d’art ». De jolis tableaux sont exposés devant l’entrée. L’endroit semble fort accueillant et l’on a bien envie d’y passer une nuit ou deux. Puisque nous en sommes aux bonnes adresses, Danielle me signale un restaurant « le Panier gourmand ». Le patron nous fait visiter la salle très sympathique. Il faudra revenir.

J’observe les noms des rues qui permettraient, à eux seuls, de faire l’histoire du quartier. La rue des « repenties » nous révèle que le Panier abritait jadis de nombreuses péripatéticiennes et de nombreuses congrégations religieuses. Les secondes s’efforçant de remettre les premières sur « le bon chemin ».

Nous arrivons à La Major, église cathédrale de Marseille. Francis nous fait remarquer les orgues restaurées il y a une dizaine d’années. Les tuyaux sont disséminés dans plusieurs lieux la nef produisant un son stéréophonique extraordinaire. Nous allons voir la crèche permanente installée au fond de l’église. Danielle initie nos amis à l’une des traditions provençales. En ressortant par une des nefs latérales nous avons la surprise et la joie de rencontrer Marie-Claude de Saint Zacharie qui fait visiter la Major à deux amis américains.

Nous voici maintenant sur une vaste esplanade qui offre une vue splendide sur la rade de Marseille et les installations réalisées pour MP 2013. Nous déjeunons sur les bancs qui dominent la mer. Nous avons de la chance. Il fait beau et chaud. Je prends consciencieusement les mails des nouveaux venus qui semblent très intéressés par nos activités.

Nous nous dirigeons maintenant vers le môle de l’ancien J4 (J comme Joliette). Danielle veut nous faire visiter la Villa Méditerranée. Malheureusement elle est fermée le dimanche. A revenir. Nous allons au MUCEM où s’ouvrent mercredi prochain deux expositions qui semblent fort intéressantes : une consacrée à Raymond Depardon et l’autre à la nourriture (Food). Nous visitons les parties en accès libre du MUCEM et contemplons le paysage à travers le feuillage en béton. Nous allons sur la terrasse et empruntons le chemin de ronde et la passerelle qui conduit au fort Saint Jean. Certainement une des plus belles promenades urbaines du monde. Nous nous promenons à travers de petits jardins présentant les plantes qui ont migrées et sont arrivées chez nous aux hasards de l’histoire, les plantes de la sorcellerie ou de la mythologie. En contrebas nous apercevons la vieille église des frères hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem qui soignaient les malades quelque soit leur religion (ce n’était peut-être pas évident à l’époque des croisades) et puis la vue magnifique sur le Vieux Port et Marseille. Dans une salle nous assistons à la projection en accès libre des grandes étapes de l’histoire de Marseille.
Nous nous séparons devant ces trois visages monumentaux qui renferment (le saviez vous ?) un petit théâtre de marionnettes.

Voilà, brièvement résumée une belle journée. Objectif rempli, je crois. Une belle introduction à Marseille. Nos amis chinois qui semblaient très intéressés par cette journée pourront revenir sur les lieux visités et en approfondir la connaissance.

Pour ma part, j’en ai rapporté une foule d’idées qui ne demandent qu’à être mises en pratique :
- Un concert d’orgues à la Major
- Une nuit à la « Maison des canards » avec un petit déjeuner dans le jardin entouré de tableaux
- Un repas au « Panier gourmand »
- Visiter la Villa Méditerranée
- Visiter les expositions de la Vieille Charité et du MUCEM.

Un grand merci à Danielle pour cette belle présentation de Marseille. Pour terminer un souhait pour les étudiants chinois : profitez bien de Marseille et de la Provence pendant votre séjour. Nous nous efforcerons de vous aider dans cette découverte.
Jean-Louis