
Pour aller plus loin dans notre découverte de la culture chinoise nous allons nous rendre au Japon à la rencontre du moine Kûkai, surnommé « Océan de Vacuité », né en 774. Le détour par le Japon n’est pas étonnant dans la mesure où la diffusion de l’écriture chinoise dans les pays limitrophes, Corée, Japon, Vietnam a fondé une communauté, non seulement de communication, mais aussi d’esthétique.
Le moine Kukai demeure aujourd’hui encore d’une popularité tout à fait exceptionnelle. De nombreux épisodes plus ou moins légendaires relatent les pouvoirs de sa calligraphie sur les hommes et les choses. Dans sa jeunesse, Kûkai parcourut longuement son pays afin de se livrer à l’ascèse, et la tradition rapporte qu’un soir, il découvrit une pauvre cabane où il demanda l’hospitalité pour la nuit à une vieille femme. La vieille femme lui fait don d’un bol en fer contenant du riz.
Voici la suite du récit raconté par Claire Akiko Brisset (in "Du visible au lisible") :
"Avant de repartir, le Grand Maître écrivit …sur un des piliers de la cabane les trois caractères « ciel », « terre », « union », et ces signes imprégnèrent si profondément le bois qu’on avait beau gratter l’inscription, elle demeurait toujours. Les malades qui souffrant de fièvres chroniques, buvaient de l’eau versée sur ces caractères se voyaient sans coup férir délivrés de tout mal."
On peut retenir de cette courte citation trois indications :
- la pénétration profonde de l’écriture dans le bois. Jean-François Billeter revient souvent sur cette notion de force en calligraphie qui est l'un des premiers critères d'appréciation de l'écriture. Comme le veut l'adage, il faut que la pointe du pinceau "pénètre d'un tiers de pouce dans le bois de la table", ru mu san fen.
- le caractère magique, miraculeux de l’écriture que l’on retrouve ici dans le fait qu’elle guérit les malades,
- l’union du Ciel et de la Terre, c'est-à-dire du yin et du yang et plus généralement de tous les éléments de l’univers.
Cette union du Ciel et de la Terre, de tous les éléments de l’univers est symbolisée par le caractère wang. Il est composé de trois traits parallèles dont le premier représente le Ciel, le second, les hommes, et le troisième la Terre. Le trait vertical représente le souverain qui réunit ces trois éléments.
Remarquez comme la calligraphe a varié les trois yi du caractère pour éviter la monotonie.
A suivre ...
Jean-Louis