samedi 20 mars 2010

Le hulusi et le crâne de Confucius

Une vie agréable dans la gourde, peinture de Tessai, Japon


Mais quel rapport y a t-il donc entre le hulusi, ce bel instrument de musique que nous connaissons bien grâce à notre cher Olivier et le crâne de Confucius ?
Pour le comprendre, il nous faut plonger dans les plus anciennes légendes de la Chine, du Vietnam, du Japon. C’est ce que nous invite à faire Rolf Stein dans son livre : Le Monde en petit paru aux éditions Flammarion.

Cet ouvrage contient un chapitre intitulé : « Le monde, un vase en forme de gourde». On y trouve un ensemble de thèmes, d’images, tous associés à celui de la gourde, qui nous permettent de plonger dans l’imaginaire de l’Extrême Orient. Dans le cadre du présent article, je ne peux que les effleurer. Je renvoie à l’ouvrage cité pour avoir le plaisir de lire un exposé plus détaillé.
- Le thème des grottes, tout d’abord, dont on connait l’importance comme lieux de retraite ou espaces religieux (grottes des Mille Bouddha, par exemple). Les grottes constituent un monde paradisiaque à part dont l’accès est difficile. On y entre par la porte étroite. Ce sont des vases clos, au goulot étroit en forme de gourde. C’est comme un Ciel, un monde parfait à l’intérieur d’une gourde. C’est pourquoi on l’appelle Ciel-Gourde.
- Le thème du vase « hou », reproduction de l’ancien récipient fait d’une calebasse (superposition de deux sphères). Ces vases étaient de forme carrée avec un goulot rond ou de forme ronde avec un goulot carré. Ils étaient donc particulièrement appelés à figurer un monde car, dans l’ancienne représentation chinoise, la Terre est carrée et le Ciel est rond.
- Le thème de l’immortalité. A la fin des Tcheou (je conserve la transcrption adoptée par Stein), l’une des Iles des Bienheureux Immortels, monde clos, complet, était représentée comme un vase hou flottant sur la mer.
- Le thème des rencontres amoureuses et du Shanshui. Le Ciel-Gourde qui a toutes les caractéristiques d’un lieu saint car il contient montagnes et eau est le lieu des rencontres printanières entre garçons et files. On sait depuis Marcel Granet l’énorme importance de ces fêtes de printemps aux chants alternés et aux joutes sexuelles entre garçons et filles dans la Chine ancienne. Selon Rolf Stein, ces coutumes seraient toujours vivantes au Vietnam.

Mais venons en au crâne de ce cher Confucius. Su Dongpo demeurait dans un domaine appelé Tch’eou-tche. Ce nom avait du prestige car c’est celui d’un site célèbre et extraordinaire. La montagne Tch’eou-tche est située au Kan-sou. Elle porte à son sommet un lac entouré d’une plaine bornée des quatre côtés par de hautes parois. Ce site est remarquable du fait qu’il communique avec le Ciel-Grotte et qu’il est associé à l’ile montagne P’eng_hou, l’ile séjour des immortels dont nous avons parlé plus haut (vase hou – P’eng – lai). Mais le prestige de ce lieu tient surtout au fait qu’il présente exactement la configuration du crâne de Confucius, dont Etiemble nous dit qu’il était relevé sur les bords et creux au centre, rappelant le cirque de la montagne Ni-k’ieou-chan où sa mère fit un pèlerinage, grâce à quoi elle conçut Confucius qui tire d’ailleurs son nom personnel, Tchong-ni, de cette circonstance. Dans son Confucius, Jean Lévi fait un récit assez extraordinaire de la conception du Maître.


Le mont Tch’eou-tche rappelle donc un lieu saint particulièrement typique, un de ces sites où, dans le cadre d’un mont et d’une cavité d’eau, se tenaient les fêtes printanières où se rencontraient garçons et filles et « dont on concevait qu’elles étaient destinées à obtenir la pluie et les enfants ».

Monde en miniature, art des jardins, Confucius voilà des liens étranges et bien intéressants que nous développerons sans doute.

Mais c’est, aujourd’hui, le printemps. Faute de pouvoir participer à ces fêtes mystérieuses qui existent peut-être encore, nous pourrons rêver, ce soir, à ces rencontres où, très certainement, le hulusi accompagnait les danses des jeunes gens et des jeunes filles en évoquant les bambous au clair de lune.
Jean-Louis

13 commentaires:

Nicole la Curieuse a dit…

Comme d'hab c'est interessant, merci.
STP peux tu nous en dire + sur la signification de "Tchong-ni" et sur le mystère de sa conception?

Jean-Louis a dit…

La curiosité est un bien joli défaut. Mais un peu de patience. Tous les éclaircissemets seront donnés lors de la conférence ...
Jean-Louis

Jean-Louis a dit…

La curiosité est un bien joli défaut. Mais un peu de patience. Tous les éclaircissemets seront donnés lors de la conférence ...
Jean-Louis

Nicole raleuse a dit…

le problème est que je suis également impatiente
je cumule les défauts

et puis cette conf elle est prévue quand???
Faut pas que j'oublie de chercher une salle dans notre belle ville de Marseille capitale européenne de la culture en 2013...ça promet!!!

Olivier a dit…

Merci Jean Louis pour cet article qui m'interpelle sur plusieurs points : le hulusi, le crâne (n'as tu pas honte de te moquer ?), le bambou au clair de lune et j'en oublie peut être.

On ne peut aller en Chine sans rencontrer en diverses occasions cette gourde ou calebasse. A titre d'exemple, j'ai reçu en cadeau, en février dernier, deux splendides bouteilles de "huang jiu" en forme de gourde.

Pour en savoir davantage, je retiens la référence du livre de Rolf Stein.

Olivier

Jean-Louis a dit…

C’est effectivement, pour moi, une découverte de voir à quel point le thème de la gourde ou de la calebasse est omniprésent en Extrême Orient. « Potassant » des livres sur l’art des jardins, je trouve des gourdes presque à chaque page. J’ai sous les yeux la photo d’une entrée de jardin en forme de gourde se trouvant à Pékin. Dans un livre consacré à William Chambers, le paysagiste anglais qui introduisit au XVIII° siècle le goût des jardins chinois en Europe, je trouve la photo de la cour d’un « Ciel contenu dans la calebasse ».
Il n’est pas étonnant, cher Olivier, que l’on t’ai offert deux splendides bouteilles de "huang jiu" en forme de gourde, puisque le thème de la gourde ou de la calebasse est aussi associé à celui de la boisson. Cette boisson est souvent inépuisable et garante d’immortalité comme la rosée qui est la liqueur de la lune.
En écrivant ces lignes, je m’aperçois qu’en Extrême Orient, la gourde est associée à des thèmes positifs : longévité, santé, fertilité. Il n’en va pas de même dans notre culture où le terme de gourde est plutôt péjoratif. Ne dit-on pas d’une personne un peu bête : « c’est une gourde » ? Quelqu’un peut-il m’éclairer sur les raisons de cette différence ?
Jean-Louis

Jean-Louis a dit…

C’est effectivement, pour moi, une découverte de voir à quel point le thème de la gourde ou de la calebasse est omniprésent en Extrême Orient. « Potassant » des livres sur l’art des jardins, je trouve des gourdes presque à chaque page. J’ai sous les yeux la photo d’une entrée de jardin en forme de gourde se trouvant à Pékin. Dans un livre consacré à William Chambers, le paysagiste anglais qui introduisit au XVIII° siècle le goût des jardins chinois en Europe, je trouve la photo de la cour d’un « Ciel contenu dans la calebasse ».
Il n’est pas étonnant, cher Olivier, que l’on t’ai offert deux splendides bouteilles de "huang jiu" en forme de gourde, puisque le thème de la gourde ou de la calebasse est aussi associé à celui de la boisson. Cette boisson est souvent inépuisable et garante d’immortalité comme la rosée qui est la liqueur de la lune.
En écrivant ces lignes, je m’aperçois qu’en Extrême Orient, la gourde est associée à des thèmes positifs : longévité, santé, fertilité. Il n’en va pas de même dans notre culture où le terme de gourde est plutôt péjoratif. Ne dit-on pas d’une personne un peu bête : « c’est une gourde » ? Quelqu’un peut-il m’éclairer sur les raisons de cette différence ?
Jean-Louis

Nicole a dit…

je suis trop gourde pour le faire
désolée!!!

Jean-Louis a dit…

Pour filer la métaphore, Rolf Stein nous dit que la cruche est associée à la gourde dans les thèmes positifs précédemment évoqués : longévité, fertilité...
Or nous nous associons la cruche à la gourde mais d'une manière péjorative. Dire à quelqu'un "quelle cruche !" n'est pas précisemment un compliment.

Honni soit qui mal y pense. Je ne connais personnellement ni cruche ni gourde.
Jean-Louis

Nicole a dit…

cruche et gourde ne pouvant qualifier qu'une femme ...

Françoise a dit…

Sans oublier les potiches. Peut-etre faut-il chercher du cote du rond et du creux, mais le vide n est-il pas createur?

Jean-Louis a dit…

Ah! Notre pépin de Taïwan !
Je pense que le cercle rouge au dessus de cette ile va s'agrandir.Peut-être notre pépin pourra t-il mettre sur le blog quelques photos si la technique le permet.

Je pense que la piste suggérée est intéressante. Il est exact que le creux, le vide, le rond, caractéristiques des gourdes, cruches et autres potiches ont, dans notre culture, une connotation pluôt négative qui ne se retrouve pas dans les cultures d'extrême Orient.
A noter que, dans ces cultures le rond est masculin. Le ciel qui est Yang est rond, alors que la terre qui est Yin est carrée.
Dans nos cultures les formes rondes sont plutôt associées aux formes féminines.
Encore une fois :"Honni soit qui mal y pense".
Jean-Louis

Nicole la rondelette a dit…

tes excuses sont les bienvenues!!!