dimanche 20 avril 2008

Su Dongpo Exil


Su Dongpo : Exil
Su Dongpo : Exil

Vendredi, 18h00 au café de la Banque où se tient d’ordinaire notre petit comité de rédaction.
La pluie crépite sur la verrière juste au dessus de l’endroit où nous sommes assis.
Nous regardons les livres emmenés par Françoise : « La peinture chinoise » de Michel Courtois et un recueil de poésies commentées par Anne Kerlan-Stephens « Poèmes sans paroles ».
Je tire de mon sac la précieuse calligraphie d’un poème de Su Dongpo que Weiyi vient tout juste de terminer. Le thème en est l’exil, la souffrance de la séparation. Un thème apparemment fréquent dans la poésie chinoise et cher aux étudiants en terre étrangère.

Yan m’avait dit que c’était un de ses poèmes favoris. Voici la traduction qu’elle a bien voulu faire :

« La lune incomplète accrochée sur le sterculiacée (l'arbre dont je t'ai parlé, celui qui est grand, qu'on trouve pas mal dans les concessions françaises en chine, les chinois l'appellent " l'arbre français)
Les gens endormis à l'approche de minuit
Sauf celui esseulé
Accompagné par l'ombre d'un oiseau de nuit

Surpris, il se tourne
Avec les regrets que personne ne comprenne
Ne voulant choisir aucune branche présente pour y installer
Il sent la solitude et le froid »

La pluie tombe maintenant à flot sur la verrière.
Nous examinons la calligraphie. Le premier caractère de la colonne de droite signifie incomplet, séparé. Sa graphie a fait l’objet d’un choix minutieux. La calligraphie d’un poème commence toujours par un long travail consistant à choisir la graphie la plus adaptée pour chaque caractère de manière à donner le meilleur résultat d’ensemble. Ce premier caractère est très curieux. Dans certaines graphies, il se compose de deux parties semblables, séparées par un trait, mais encore attachées. Il me fait penser à ces cellules qui se scindent pour former deux corps séparés qui vont mener une vie indépendante, scission qui est peut-être à l’origine du premier manque. On voit que dans la graphie ici choisie, la séparation est consommée : les deux parties du caractère s’éloignent l’une de l’autre.

Puis vient la lune, la lune incomplète. J’avais pensé que l’on pourrait traduire par croissant de lune. Mais Weiyi m’a fait remarquer que cela ne rend pas tout à fait l’idée. On sait que la pleine lune symbolise la réunion des familles. La lune incomplète symbolise donc, au contraire, la séparation, le manque. Et sans doute faut-il préférer cette traduction à celle de croissant de lune.
Le cinquième caractère est celui de ce fameux sterculiacée. Ainsi dans cette rédaction où l’on écrit de haut en bas, le caractère de la lune se trouve au dessus de l’arbre comme dans le paysage qu’elle éclaire.
Et je pense à la ballade de Musset : « C’était dans la nuit brune, sur le clocher jauni, la lune comme un point sur un i »

Weiyi vient de terminer la tasse de décaféiné qu’elle avait commandé, attirée sans doute par ce mot bizarre et pour découvrir une de ces nouvelles choses incroyables que l’on voit en France. Comme quoi la fréquentation de la culture chinoise classique n’empêche pas le désir d’ouverture et de nouveautés.
Il est temps de nous séparer. Voilà. Cette calligraphie pouvait paraître semblable à celle déjà présentées. Et pourtant quand on prend le temps on voit toutes les différences, toutes les histoires que ces caractères peuvent nous raconter. Encore n’en avons-nous examiné que trois.

Aujourd'hui nous avons pris le temps de nous promener dans ce jardin chinois que voudrait être notre livre. Et je pense à la fin du beau livre de Jacques Pimpaneau « Dans un jardin de Chine » : « Il faut conserver dans sa tête l’image du jardin chinois comme un beau rêve…Mais sans de tels rêves, de tels désirs, pourrait-on créer d’autres espaces de vie ? Pourrait-on encore chercher désespérément à changer la grisaille qui nous assaille. Pourrait-on encore avoir le courage de lutter pour que la vie devienne vraiment un songe ? »

Nous sortons du café…La pluie a cessé. Nous nous disons au revoir…à une prochaine fois…

A suivre,
Jean-Louis

3 commentaires:

le blog de chinafi a dit…

Et moi qui ai une cetaine tendance au secret et qui avais dit à mon mari que j'allais me sacrifier à faire les courses au super marché! Ne t'en fais pas, Jean-Louis, c'est une blague ! Merci pour ce compte-rendu de notre agréable rencontre, j'ai bcp apprécié de travailler avec Weiyi et j'espère que nous aboutirons. Au travail!
Françoise

Olivier a dit…

Pluie, froid, séparation, exil, blues, jardin chinois...
On dirait du Cao Xueqin ! ;-)

Olivier

Jean-Louis a dit…

Oh Olivier !
Na li? Na li ?