jeudi 20 août 2009

Un problème de traduction

Dans une des notes en annexe aux "Six récits ...", Simon Leys nous soumet un intéressant problème de traduction.
La difficulté réside dans la manière de rendre la notion de Vide. Simon Leys nous en rappelle la richesse dans la pensée chinoise décrite notamment dans le Dao De Jing : c'est le vide du moyeu qui permet à la roue de tourner, c'est le vide de la cruche qui fait son utilité, c'est le vide de la porte et des fenêtres qui donne à la chambre son usage.
Le Vide n'est pas une notion négative synonyme d'absence, mais bien le révélateur de l'essence des choses.
Pan Jie en avait souligné l'importance dans sa conférence sur la peinture chinoise : les blancs du papier sont aussi importants que les espaces peints et chaque espace tire sa valeur de l'autre.

Shen Fu dans un de ses récits nous livre une intéressante théorie de l'art des jardins. En voici un court extrait :
En ce qui concerne l'art des jardins, avec aménagement d'architectures, de collines, de rocailles et de fleurs, le succès ne dépend pas seulement de la complexité du dessin, ni de l'étendue du terrain ou du nombre de rochers, et ce n'est pas une simple question de travail ni d'argent, en fait, tout le secret tient dans ces quelques principes : créer de petits espaces clos au sein de vastes étendues; donner une illusion d'étendue quand l'espace est réduit; donner de la densité aux vides en matérialisant l'irréel; ouvrir les espaces denses en irréalisant le réel; alterner le mystère et l'évidence, les approches faciles et les retraites profondes.

On admirera dans ce cours passage le jeu des contraires complémentaires.
Dans sa note Simon Leys nous explique qu'il a rendu par une longue périphrase :

donner de la densité aux vides en matérialisant l'irréel; ouvrir les espaces denses en irréalisant le réel

l'expression originale très concise :
mettre du plein dans le vide, et du vide dans le plein.

On peut comprendre les arguments de Simon Leys soucieux de rendre intelligible un texte à des lecteurs qui ne sont peut-être pas familiers des concepts de la pensée chinoise. Mais dans cette périphrase disparait l'opposition entre vide et plein, ce qui me semble dommage.

D'une manière générale, je préfère les traduction littérales ou du moins qui se tiennent au plus près de l'original quitte à les accompagner de notes pour les rendre compréhensibles si besoin est.

Qu'en pense Flot d'arbres, notre traducteur émérite ?

Ceci dit merci à Simon Leys de nous offrir ce petit problème de traduction.

Jean-Louis

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Je n'ai pas une grande connaissance de la langue chinois, mais suis entièrement de ton avis ; je dirai même plus (là ce n'est plus Tintin, c'est l'un des Dupond/t!) : cela ne rend pas compte de la complémentarité du vide et du plein et de leur mutuelle nécessité, en voulant trop développer et expliquer, on perd la richesse de l'expression et surtout, on limite la liberté du lecteur dans son choix du niveau de symbolique.
J'aimerais bien aussi avoir l'avis de notre traducteur.