Ce dimanche, l’objectif de notre sortie était de visiter les Carrières de Lumières qui nous présentent, cette année, un spectacle nous offrant de voyager en Méditerranée avec plus d’une quinzaine de peintres, parmi lesquels on relève les noms de Monet, Renoir, Chagall.
Un mot d’abord sur le lieu qui est grandiose selon l’expression de Jean Cocteau. Il possède la majesté des temples égyptiens. Sitôt l’entrée franchie, on est enveloppé par les peintures projetées sur les murs, au plafond, à nos pieds. Le spectacle comprend sept séquences : un prologue composé des marines de Joseph Vernet qui nous restitue la vie du port de Marseille au XVIIIème siècle, l’impressionnisme avec Claude Monet et Auguste Renoir, les lumières de la Méditerranée qui nous présente les pointillistes Paul Signac et Henri Edmond Cross, Les Fauves avec Charles Camoin, André Derain, Maurice de Vlaminck, Othon Friesz, Henri Manguin, Albert Marquet, Louis Valtat et bien sûr Matisse. Viennent ensuite les séquences consacrées à Dufy, à Bonnard et à Chagall.
Curieusement, il me semble que ce spectacle rejoint, par des techniques, bien sûr, complètement différentes l’objectif de la peinture chinoise qui est de restituer le mouvement de la vie, de nous inviter à cheminer à travers les paysages des rouleaux horizontaux. Ici aussi la peinture devient vivante : les couples se mettent à danser, les trains à circuler, les bateaux à naviguer. Ici aussi nous cheminons à travers la peinture contemplant les tableaux sous les différents angles offerts par les murs des carrières. Ici aussi nous sommes invités à pénétrer dans la peinture, à faire partie de la peinture. Voyez sur une des photos cet enfant qui écarte les bras. Son ombre est projetée sur la peinture. Elle semble faire partie de la peinture. Notre parcours est accompagné de musique illustrant l’adage
ut pictura musica : La musique est peinture, la peinture est musique.
Après ce spectacle magnifique nous sommes invités à visiter une autre partie des carrières à l’air libre et à regarder des extraits du
Testament d’Orphée de Jean Cocteau où l’on revoit les amis du poète : Picasso, Yul Brynner, Jean Marais et semble t-il Charles Aznavour. « Ne cherchez pas à comprendre !» nous dit Jean Cocteau. On peut pourtant retenir de ce petit film que les poètes ne meurent jamais et cette phrase de Picasso : « il faut longtemps pour devenir jeune » qui rejoint une autre phrase de l’artiste « j’ai su très rapidement dessiner comme Raphaël, il m’a fallu très longtemps pour dessiner comme un enfant ».
Mais voici l’heure du pique-nique et il pleut toujours. Mais qu’à cela ne tienne, nous déjeunons sous la pluie dans la joie et la bonne humeur. Je vais vous faire une confidence : je n’aurais pas donné un repas à Baumanières contre ce pique-nique et pourtant j’aime le confort !
Après ce déjeuner arrosé nous partons visiter les Baux. Et comme toute chose a son bon côté la pluie fait qu’il n’y a pas grand monde dans les ruelles du village. Nous nous arrêtons dans une maison du XVème siècle où se tient une galerie de peinture. Une dame très sympathique nous fait les honneurs de la galerie et nous parle du village. Il n’y a plus qu’une vingtaine de personnes en résidence permanente. Elle habite au-dessus de la galerie. Et le soir, quand les touristes sont partis, les lampadaires s’allument, les pavés se mettent à trembler à leur lumière vacillante et les belles dames du temps jadis reprennent possession des rues du village.
Nous visitons la petite église ornée de vitraux magnifiques. Devant une statue de Saint Joseph, Lida m’interroge sur la conception de Jésus. Saint Joseph est-il le père de Jésus ? J’ai un peu de mal à lui expliquer le dogme de l’immaculée conception. Nous pénétrons ensuite dans la chapelle des Pénitents blancs ornée des fresques d’Yves Brayer.
Mais il est temps de retourner aux voitures. D’un commun accord nous décidons d’aller boire un chocolat chaud à Mouries. Nous voici au café du commerce. Le sympathique patron est ébahi de voir autant de Chinois. « Quel courage : venir étudier de si loin !». Il se dégage des groupes de Chinafi une atmosphère qui pousse les gens à nous parler. Et puis nous nous mettons à jouer à un jeu que j’ai découvert un soir d’été au bord du lac de Serre-Ponçon. Il s’agit de découvrir qui a tué qui. Le jeu est animé avec autorité par Lida. Les participants sont passionnés. Peut-être suis-je en train de devenir jeune selon le mot de Picasso. Pour un peu nous ne partions plus et je crois que nous y serions encore si la route du retour n’avait pas été aussi longue.
Nous nous séparons sur le parking nous promettant de nous revoir bientôt. C’est vrai, il a plu toute la journée. Le temps était gris et maussade. A peine si nous apercevions les Alpilles cachées dans les nuages. Pourtant nous avons su mettre en pratique cette belle phrase de Chagall : "Si toute la vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d’amour et d’espoir". Et nous rentrons, le moral gonflé à bloc par cette belle journée, au son de la musique de Purcell dont jamais les paroles n’étaient si bien tombées :
To celebrate, to celebrate the glory of this day.
Jean-Louis
PS Le second diaporama est de Chantal. Un grand merci à elle.
Le troisième magnifique diaporama est de notre cher Président, Jean-Mi, bien sûr