lundi 31 mars 2014

Victor Hugo et le "Sauvage"


Je suis donc allé lire l’article de Télérama « Georges Clémenceau et l’Asie » cité par Françoise dans son dernier message. Je me permets de compléter la citation faite par Françoise, citation extraite de la réponse de Georges Clémenceau à Jules Ferry à l'Assemblée : « …la conquête que nos préconisons, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s’approprier l’homme, le torturer, ou extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. »
Cette déclaration m’a fait penser à un poème de Victor Hugo figurant dans  Toute la lyre , un recueil posthume. Grâce notamment aux travaux des ethnologues, les idées contenues dans ces deux textes concernant l’égalité des races, la remise en cause de la suprématie de notre civilisation, l'iniquité de toute colonisation sont plus généralement acceptées (quoique ... !) Elles étaient révolutionnaires à l’époque où elles ont été formulées.

Jean-Louis

Voici le poème de Victor Hugo : 

…Vous croyez civiliser un monde
Quand vous troublez ses lacs, miroirs d’un dieu secret,
Lorsque vous violez sa vierge, la forêt ;
Quand vous chassez du bois, de l’antre, du rivage
Votre frère aux yeux pleins de lueurs, le sauvage
Cet enfant du soleil peint de mille couleurs,
Espèce d’insensé des branches et des fleurs,
Et quand jetant dehors cet Adam inutile,
Vous peuplez le désert d’un homme plus reptile,
Vautré dans la matière et la cupidité,
Dur, cynique, étalant une autre nudité,
Idolâtre du dieu dollar, fou qui palpite,
Non plus pour un soleil mais pour une pépite,
Qui se dit libre, et montre au monde épouvanté
L’esclavage étonné servant sa liberté !

Oui, vous dites : - Voyez, remplaçons ces brutes ;
Nos monceaux de palais chassent leurs tas de huttes ;
Dans la pleine lumière humaine nous voguons ;
Nos théâtres, nos parc, nos hôtels, nos carrosses !-
Voyez nos docks, nos ports, nos steamers, nos wagons,
Et vous vous contentez d’être autrement féroces !
Vous criez :- Contemplez le progrès ! admirez!-
Lorsque vous remplissez ces champs, ces monts sacrés,
Cette vieille nature âpre, hautaine, intègre,
D’âmes cherchant de l’or, de chiens chassant au nègre …

3 commentaires:

blogchinafi a dit…

Superbe poème et peu connu, je crois.
Cela valait la peine d'amorcer ce sujet.

Françoise a dit…

Désolée de m'être embrouillée dans mes connexions pour ce précédent commentaire.

bzh a dit…

Merci Jean-louis pour ce poème plein de bon sens et de vérité - je suis contente de l'avoir découvert grâce à toi !