vendredi 15 août 2008

Fan, retour : Taoïsme, 2ème partie


Retour à l’Origine, à l'indifférencié (notion souvent abordée) ... Recherche de l’unité perdue ...

Nous en étions à essayer de comprendre pourquoi le Laozi préfère le faible au fort, le souple au rigide, le vide au plein, le silence aux paroles, le non agir à l’agir, le féminin au masculin ?

C’est sans doute car le Vide est encore plein de tous les possibles, le Silence encore plein de toutes les paroles. Le Silence, le Vide sont fécondité par quoi « toutes choses sont crées », un accueil total sans prise de possession. « Le Tao est insipide car il contient toutes les saveurs ».
C’est la même logique qui joue dans le « non agir » et dans une certaine défiance vis-à-vis des définitions trop précises. Agir c’est déterminer, choisir un guide plutôt qu’un autre, c’est la même chose que nommer et catégoriser. De là aussi, sans doute, cette préférence pour le féminin qui est accueil (voir aticle sur le Yi Jing).

Ainsi le Vide aurait une efficace que le Plein n’a pas. Le paradoxe qui va à l’encontre des habitudes intellectuelles a pour fonction de montrer que poser quelque chose, c’est poser par la même son contraire : Si vous dites : « Sois gentil », vous amenez à la conscience la possibilité de son opposé (W.I Thomson, cité par I. Robinet). Les distinctions et les oppositions que nous faisons par habitude ou par convention n’ont en elles mêmes aucune valeur.
On reconnaît là le souci d’une pensée qui s’est défié des distinctions et qui a privilégié la notion de contraires complémentaires (Yin/Yang).

Sur le plan de la langue cela a produit le soin d’éviter des définitions trop précises pour ne pas fermer le sens. Ainsi en va-t-il du terme TAO qui fait partie du fonds chinois commun à toutes les écoles. Il signifie « chemin » et « dire » et désigne une « voie » au sens de guide du comportement. Si les taoïstes ont choisi ce mot banal c’est justement en raison de sa banalité de façon à figer le moins possible cette réalité indicible dont ils tentent de s’approcher tout en sachant que le simple fait de la nommer la dénature.

A l’origine de notre certitude dérisoire d’avoir prise sur la réalité sont les distinctions que nous y pratiquons par les catégories du langage. Ce sont ces distinctions qui faussent et limitent nos fonctions sensorielles et qui suscitent « nos désirs », impulsions à aller dans un sens ou dans l’autre, alors que le DAO est quiétude. Cette quiétude qu’il s’agit de retrouver et qui est à l’origine du thème du retour à l’Origine, de la recherche de l’unité perdue. Ainsi voit-on dans de nombreux romans chinois certains personnages quitter la société, faire retraite pour tenter de retrouver l’état primitif du « il n’y a pas encore », état originel de fusion, de non dépendance que le Loazi comme le Zhuangzi appelle « le soi même ainsi » (ziran) : ce qui va de soi dans la pure spontanéité.

La démarche d’appréhension du Dao est une démarche « à reculons », à rebours de toute démarche habituelle. L’opposition est explicite à la voie confucéenne fondée sur l’apprendre qui est le cheminement vers l’avant, progressif et cumulatif. Pour le Laozi, « pratiquer le Dao », c’est apprendre à désapprendre jusqu’à atteindre une appréhension immédiate des choses et une efficacité directement en prise sur elles.
"Pratiquer l'apprendre, c'est de jour en jour s'accroître
Pratiquer le Dao, c'est de jour en jour décroître
Décroitre au-delà du décroitre, jusqu'à atteindre le non-agir
Ne rien faire et il n'est rien qui ne se fasse." Laozi §48
(Voir articles d'Olivier sur les difficultés de traduction de la fameuse formule "wu wei er wu bu wei" . Ici la traduction est d'Anne Cheng)

Comme tous les grands textes de l’humanité, le Daode Jing a eu une influence sur des courants très divers. Même s’il décrit comme société idéale des petites communautés paisibles, certaines de ses formules commandant d’entretenir le peuple dans l’ignorance préfigurent le légisme, doctrine totalitaire que fera sienne le premier empereur.
Mais le taoïsme est aussi le lieu privilégié de l’imaginaire. C’est pourquoi les artistes et les poètes y ont abondamment puisé.
Il a eu une influence sur le bouddhisme Chan et selon Isabelle Robinet, la place que fait le taoïsme à l’aléatoire, à la fluidité, à la dynamique devance de plusieurs siècles les réflexions de certains physiciens et biologistes actuels.

De fait, usant d’une poésie souvent fort belle, le Daode Jing et les commentaires qui s’y rapportent sont une invitation à la réflexion sur des thèmes qui nous touchent de près et qui ont un caractère universel :
- comment désarmer l’agressivité ?
- la force paradoxale du faible
- la valeur du Vide et du Silence lourde de tous les possibles
- le souci d’accueillir tous les possibles
- la récupération par les idéologies
- les conflits ne sont pas à éliminer car ils font partie de la dynamique du monde. Ils doivent être insérés dans le tout de la nature où ils jouent un rôle constructeur et être compris comme une des formes de la relation qui unit / oppose les contraires. Ainsi la lutte (les arts martiaux) n’est pas à éviter mais simplement à pratiquer comme un des aspects de l’harmonie.
- La problématique du choix ? Faut-il choisir ?

Mais il y aurait encore tant à dire.

A suivre,
Jean-Louis

4 commentaires:

Jean-Louis a dit…

Encore une fois ma contribution s'est bornée, pour l'essentiel, à mettre en relation des citations extraites des ouvrages cités dans la première partie de l'article consacré au Taoïsme.
Je ne vise pas à l'originalité.
Ma seule ambition est de donner envie d'aller plus loin.
Jean-Louis

Anonyme a dit…

Je suis intéressé par ce que tu écris sur les philosophes chinois qui furent pour moi une découverte dans les cours de M. Kaser.
Amicalement

Anonyme a dit…

Jean Pierre Lançon est l'anomyme du commentaire précédent

Jean-Louis a dit…

Merci Jean-Pierre.
j'ai consulté le blog de M. Kaiser (voir liens amis) et c'est vrai que je l'ai trouvé fort intéressant.
Jean-Louis