dimanche 5 octobre 2014

La longue marche du cinéma chinois

 
Luisa Prudentino nous a présenté ce samedi, dans l’auditorium de la Maison de la Région, la longue marche du cinéma chinois. Comme son titre l’indique, cette conférence était une introduction historique au cinéma chinois en Chine continentale (Hong Kong et Taiwan occupant une place très importante dans le cinéma de culture chinoise). Mais, et c’est ce qui faisait tout l’intérêt de son intervention, Luisa Prudentino ne s’est pas contentée de dresser un exposé événementiel. A chaque étape importante elle posait les questions dont les réponses permettaient de cerner les spécificités du cinéma chinois.
 
Le cinéma est né en 1895 avec le film La sortie des usines Lumière. Ce film fut rapidement projeté en Chine et seulement dix ans plus tard sortait le premier film chinois : La Montagne Dingjun. Pourquoi cette affinité entre la culture chinoise et le cinéma ? Sans doute en raison de la proximité trouvée par les Chinois entre cet art et l’opéra et aussi avec le théâtre d’ombres, d’où son nom : (.diàn yǐng : ombre électrique) Ce rapport étroit va influencer le contenu et le style du cinéma chinois. On trouve ici une idée importante sur laquelle la conférencière reviendra à plusieurs reprises : il n’y a pas de contradiction entre la modernité et le respect de la tradition.
 
Ainsi La Rose de Pushui (1927)  est l’adaptation d’une célèbre pièce de théâtre qui servit de trame à de nombreux opéras. Respect de la tradition donc mais le film contient aussi un message moderne : « Il faut en finir avec les mariages arrangés ». Le cinéma chinois emprunte à l’opéra mais aussi à d’autres formes d’art autochtones. En 1928 sort L’Incendie du monastère du Lotus rouge, le premier film d’arts  martiaux. La Chine a donc su assimiler cet art nouveau venu de l’étranger qu’est le cinéma en le conjuguant avec ses formes d’art traditionnelles que sont l’opéra et les arts martiaux.


Affiche du film La Rose de Pushui, entre tradition et modernité

On retrouve cette proximité entre l’opéra et le cinéma même pendant les heures sombres de la Révolution Culturelle. Lorsque Jiang Qing, l’épouse de Mao, veut réformer le cinéma et le soumettre à l’idéologie, elle commanditera des films qui empruntent la forme de l’opéra mais en vident le contenu pour les transformer en produit de propagande. Luisa Prudentino introduit ici  une remarque réconfortante. Jiang Qing aurait voulu asservir l’art à l’idéologie. Mais si l’on fait abstraction du contenu idéologique, ces « opéras modèles » sont souvent une réussite sur le plan esthétique. L’art a donc fini par triompher même pendant la révolution culturelle  ce qui explique qu’un cinéma d’auteur ait pu réapparaitre dés le début des années 80.  

Qu’en est-il aujourd’hui du cinéma chinois ? Un essor sans précédent avec un chiffre d’affaires de dix mille milliards de yuans dont la moitié issue de la production domestique. Cependant le cinéma d’auteur a un peu de mal à trouver une place, pris entre une censure toujours présente et le goût du public pour un cinéma de divertissement.  

Voici très rapidement résumé un exposé très riche et très clair accompagné de nombreux extraits de films souvent émouvants. Ainsi celui où l’on voit Ruan Lingyu jouer le rôle d’une femme qui se prostitue pour échapper à la misère.  


Ruan Lingyu, La divine


Center stage (1992) , Maggie Cheung interprète le personnage de Ruan Lingyu

Cette conférence donne envie d’en savoir plus et de voir les films mentionnés. Luisa Prudentino nous a dit pouvoir traiter encore de nombreux sujets concernant le cinéma chinois. Souhaitons qu’elle puisse revenir. Un grand merci à elle pour cette conférence passionnante. Un grand merci à Françoise pour l’avoir organisée.
Jean-Louis

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci pour ce magnifique récit qui retrace bien la conférence d'hier qui nous a ouvert des portes vers le cinéma chinois si multiforme.
Amicalement
Anne de BOUC et du Monde

Françoise a dit…

Un compte rendu - comme d'habitude - très bien fait pour une conférence de grande qualité, claire, riche et très documentée. Merci à notre conférencière!
Désolée d'avoir du priver certains de plus d'échanges mais le train n'attend pas.
Lors de notre trajet vers la gare, Luisa m'a fait part de sa satisfaction face à un public aussi attentif et passionné, elle est donc tout à fait d'accord pour revenir et rester le soir pour que nous ayons du temps pour plus d'échanges.
Cette expérience - qui a été difficile à organiser - est suffisamment positive pour nous convaincre que des événements de cette qualité sont nécessaires pour nous réunir autour de notre passion commune, il faudra donc réfléchir à ses modalités et mieux communiquer car nous aurions pu être plus nombreux.
A bientôt...

Anonyme a dit…

J'ai voulu faire trop de choses à Marseille et je suis arrivé en retard. J'en ai suffisamment entendu pour retrouver l'envie d'aller voir des films chinois. Marseille est chaque année un peu plus loin de Pertuis. C'est ainsi!
Bien amicalement à tous!
Jean Pierre de Pertuis et de la planète

Anonyme a dit…

merci Jean-Louis pour ce commentaire qui relate fidèlement la conférence de samedi sur le cinéma. Les extraits de films permettent de nous plonger à nouveau dans ce cinéma chinois si riche. Bien sûr une autre visite de cette conférencière serait super ! merci Françoise de nous avoir permis cet échange.
Amicalement

Anonyme a dit…

j'ai juste oublié de signer mon message !! étourderie quand tu nous tiens...
CLAUDE