mercredi 20 avril 2016

"Traduction"


Le Yi Jing (Livre des Mutations ou Classique du Changement) est l’un des cinq classiques confucéens avec Les Odes, Les Documents, Les Rites et les Annales des Printemps et Automnes. Son influence a été considérable sur la pensée chinoise. Le propos de cet article n’est pas de présenter le Yi Jing, ce serait bien présomptueux, mais de rapporter une anecdote qui ne manque pas de piquant (c’est normal, la cuisine chinoise n’est pas loin) trouvée dans un des derniers livres de François JULLIEN : Entrer dans une pensée.

Cette anecdote a pour lieu le nom des restaurants chinois du quartier de la rue Monge à Paris. Elle montre comment l’influence du Yi Jing à la fois perdure et est oubliée de nos jours dans les rues de Paris. Pour en saisir toute la saveur il faut quand même dire deux mots du Yi Jing. Ce livre est composé de 64 hexagrammes (figures à six traits) qui servaient et servent encore à la divination. Ces hexagrammes sont composés de traits pleins ___ (traits Yang) ou de traits brisés _ _ (traits Yin). Le premier hexagramme est composé uniquement de traits pleins et se nomme Qian, l’initiateur. Il symbolise le Ciel, c'est-à-dire l’énergie Yang en expansion qui ne cesse de se diffuser et d’animer la Terre, représentée par le second hexagramme composé uniquement de traits Yin. Le deuxième hexagramme est nommé Kun, le réceptif. Mis en corrélation ces deux hexagrammes figurent la totalité de la réalité, les autres figures n’évoquant que des situations particulières.

Le premier hexagramme, Qian, est assorti d’un jugement attribué au Roi Wen, le Roi civilisateur, fondateur mythique de la dynastie des Zhou (tournant du premier millénaire avant J.C.). Ce jugement est composé de 4 caractères : Yuan (début, commencement), heng (essor), li (profit), zhen (rectitude). Ce jugement est explicité par un commentaire mis au compte de Confucius : Ample est la capacité de Qian (la capacité initiatrice) ! Les dix mille êtres y trouvent leur fond pour débuter : de sorte qu’elle commande au Ciel.

Venons-en à l’anecdote. Se promenant dans son quartier, François JULLIEN s’intéresse au nom des restaurants chinois. En général la transposition française n’a rien à voir avec les caractères chinois. Ainsi les caractères chinois qui signifient mot à mot « Nouveau – florissant » sont transposés en « Delicious Monge » (de la rue Monge). Il trouve même comme nom d’un restaurant de jiaozi les deux premiers mots du Classique du Changement : Qian heng qui sont transposés en … « Chez Tonny ».

Ami lecteur si d’aventure vous vous promenez dans ce quartier parisien pensez à lever la tête et à décrypter si, vous le pouvez, les enseignes des restaurants chinois, étrange mélange de tradition et de fantaisie « moderne».
Jean-Louis

1 commentaire:

blogchinafi a dit…

hexagramme quand tu nous tiens!
super interessant
merci
nicole