jeudi 8 octobre 2015

Brassens et Confucius

Lundi dernier France3 diffusait, dans le cadre de la série Lundi en histoires, une émission consacrée à Georges Brassens. Cette émission ne nous apprenait pas grand-chose sur le chanteur, elle contenait néanmoins quelques images d’archives intéressantes, l’interprétation originale de Putain de toi par Olivia Ruiz et une interview de Maxime Le Forestier qui citait une phrase de Pierre Desproges « les chansons de Brassens sont un vaccin contre la connerie, mais il faut pas mal de rappels ».

Sans cesse Brassens nous rappelle que la vie est complexe, contradictoire, parfois paradoxale. Il nous apprend à nous méfier des simplifications hâtives et des jugements à l’emporte-pièce. Celui qui a écrit « Il y a les emmerdantes…les emmerdeuses …et les emmerderesses » a aussi chanté Le blason et Quatre vingt quinze fois sur cent. Le chanteur qui n’a pas cessé de crier « mort aux vaches » confie à un « flic bien singulier » le soin de recouvrir de sa pèlerine l’ivrogne tombé à terre (L’épave). « L’anticlérical fanatique » comptait parmi ses amis un bon nombre d’ecclésiastiques. Pour lui les « Évangiles n’étaient pas de l’hébreu » puisqu' il les connaissait sur le bout des doigts et il met dans la bouche d’un curé une de ses convictions les plus viscérales :

« Mort à toute peine de mort », La messe au Pendu  

A un de ses amis, le Père André Sève, il confie son désaccord sur la réforme de Vatican II :
« Vous ne semblez pas penser aux êtres à qui on a pas donné assez de force pour juger par eux-mêmes, pour affronter la foie nue, sans revêtements de mystères, de rites. Vous parlez beaucoup de pauvres, mais vous ne semblez pas penser à cette pauvreté : les gens pauvres en pouvoir de réflexion et d’expression. Ils disaient tout ce qu’ils pouvaient dire en mettant un cierge. Ils avaient une idée du prêtre rien qu’en voyant sa soutane, ils sentaient un mystère en entendant le latin ».

Brassens reprend ces thèmes dans la chanson Tempête dans un bénitierMême si cette chanson a été écrite « pour rigoler », elle peut nous conduire à nous interroger sur la signification des rites. Bien sûr, la lecture de Confucius et d’Anne Cheng (Histoire de la pensée chinoise P. 73 et suivantes) enrichira notre réflexion. Les rites ont, non seulement une dimension magique et esthétique, mais ils nous relient également aux générations qui nous ont précédés, à notre culture. Ils humanisent les comportements en société et en cela sont, paradoxalement peut-être, un rempart contre le fanatisme et l’intégrisme. Comme le montrent aussi bien Brassens que Confucius, les rites et la tradition ne sont pas incompatibles avec une pensée non pas moderne, ce qui ne veut pas dire grand-chose, mais intemporelle qui nous concerne quelque soit les époques.

Voici une chanson qui aurait peut-être amusé Confucius.



Jean-Louis

3 commentaires:

blogchinafi a dit…

Un bien bel article suite à cette émission de TV
Certes je ne l'ai pas raté car je suis une inconditionnelle de Brassens mais on aurait souhaité mieux!!!
Nicole

Françoise a dit…

J'aime beaucoup cet article, on avait besoin de pistes de réflexion sur ce blog!
Une fois de plus, nous sommes sur cette ligne passionnante qui relie des cultures, des époques, des contextes extrêmement différents mais qui s'enrichissent mutuellement par leurs grilles de lecture, d'interprétation...Les rites sont tellement mal compris.
Et puis, les chansons de Brassens sont tellement riches, en particulier en ce qui concerne les femmes ("A une passante").

On attend d'autres articles.

marie-claude monteillet a dit…

Oui, ça fait du bien de retrouver Brassens. Merci pour cet article j'espère en effet que tu en feras d'autres Jean-Louis, et peut-être aussi aurons nous droit à une conférence. .?!.. cela nous permettrait de nous retrouver puisque nous n'avons plus la joie de chanter Brassens tous ensemble.