mercredi 4 mai 2016

La Bible, la Théogonie d'Hésiode, le Yi Jing


                                                                             Hésiode

Ce petit article pour donner une réponse à la question que nous nous posions dans les messages précédents : pourquoi la pensée chinoise a relativement peu emprunté les voies de la théologie et de la mythologie pour expliquer le commencement et le fonctionnement du monde ?

Nous sommes partis d’une remarque de Françoise signalant le caractère corrélatif (la couleur bleu/vert est associée au printemps et à l’élément bois)  et changeant de toute réalité (les couleurs sont des étapes de transformation)

Caractère corrélatif :
Les réalités au lieu au lieu d’être conçues comme des substances stables indépendantes les unes des autres sont perçues dans un système de correspondances. Les réalités sont corrélées à d’autres en fonction d’une analogie de structure ou de fonctionnement.

Ainsi « l’élément/agent bois » est corrélé au printemps et à la couleur vert/bleu car ils évoquent tous les trois la vitalité et le renouveau. Ces correspondances s’étendent à d’autres domaines de la réalité. A chaque saison correspond une bonne pratique de la médecine, de l’hygiène, de l’alimentation.(Une personne plus versée que moi dans ces pratiques pourraient peut-être développer).

Ce caractère corrélatif de toute réalité est clairement souligné par Anne Cheng dans son Histoire de la pensée chinoise : Il résulte (du caractère corrélatif de toute réalité) une vision du monde, non pas comme un ensemble d’entités discrètes et indépendantes dont chacune constitue en elle-même une essence, mais comme un réseau continu (un continuum) de relations.

Caractère changeant
Ces systèmes de correspondances « s’emboitent » dans un cycle d’engendrement/mutation/transformation.
Ainsi le système de correspondances Bois/printemps/est/Bleu-vert engendre le système de correspondances Feu/été/sud/rouge. On le voit les « éléments/agents », les saisons de l’année, les directions, les couleurs sont bien, comme l’indiquait Françoise, des étapes de transformation. Le modèle (paradigme) de toutes ces mutations/transformations est le couple Yin/Yang. Le couple Yin/Yang est le modèle des opposés complémentaires qui s’engendrent et se succèdent l’un à l’autre.

Nous en savons maintenant assez pour répondre à la question posée au début de cet article. La solution chinoise apportée au problème de l’apparition des êtres et au fonctionnement du monde apparaîtra dans son originalité si on la compare à celles fournies par la Bible et la mythologie.

La Bible, la Théogonie d’Hésiode, le Yi Jing
La Bible commence par la fameuse phrase : « Au commencement, Dieu créa les cieux et le terre ». Ainsi est posée l’existence d’un Dieu, Sujet créateur extérieur à la création.

La réponse de la mythologie grecque à la question du commencement et de l’ordonnancement du monde se trouve principalement dans la Théogonie d’Hésiode (VII° siècle avant J.C). La Théogonie (mot qui signifie naissance des dieux) est un poème où Hésiode raconte la naissance des dieux, leurs combats, leur rapports avec les hommes et après bien des aventures l’ordonnancement du monde par Zeus le roi des dieux. Si vous souhaitez découvrir facilement ces récits magnifiques qui sont, comme la Bible, au fondement de notre culture vous pouvez le faire à travers les DVD de Jean-Pierre Vernant déjà cités ou grâce au livre de Luc Ferry  La sagesse des mythes.

Venons en à la vision chinoise. En tête du Yi Jing, deux figures. La première est composée uniquement de traits yang : c’est qian, l’initiateur, la capacité initiatrice. La seconde, composée uniquement de traits yin, se nomme kun, la capacité réceptrice. Par le jeu et l’alternance de ces deux capacités les dix mille êtres vont sortir du vide et de l’indétermination pour entrer dans le plein et le déterminé, vont passer, selon la terminologie chinoise, du virtuel au manifeste. Ce passage se fait spontanément, de soi-même (notion de ziran traduit en général par « de soi-même ainsi ») sans l’intervention d’un Dieu ou de dieux.

Anne Cheng résume parfaitement la vision chinoise : La conception chinoise de la réalité comme continuum tend à privilégier la notion de rythme cyclique…plutôt que celle d’un commencement absolu ou d’une création ex nihilo. Si les textes chinois font occasionnellement référence à des représentations cosmogoniques (mythologiques) de l’origine ou de la genèse du monde, celui-ci est représenté de manière prédominante, comme allant « de soi-même ainsi » suivant un processus de transformation. La réflexion sur les fondements ne se pose guère la question des éléments constitutifs de l’univers et encore moins celle de l’existence d’un Dieu créateur : ce qu’elle perçoit comme premier est la mutation, ressort du dynamisme universel qu’est le souffle vital.

Ces différences de représentations entre la Bible, la Théogonie, le Yi Jing ne sont pas anecdotiques. Elles ont des répercussions dans tous les domaines : philosophique, scientifique, politique, moral, artistique…
Ainsi, par exemple, prenons le domaine de l’art. La conception d’un Dieu créateur extérieur à sa création favorisera la représentation de l’artiste créateur extérieur à sa création, condition, dans le domaine de la peinture de l’apparition de la perspective linéaire longtemps ignoré dans la peinture chinoise qui lui préfère la perspective cavalière. Cela mériterait de nombreux développements. Ne pensez-vous pas ?

Jean-Louis

mardi 3 mai 2016

Retour à Marseille


Zichun était de passage en coup de vent à Marseille la semaine dernière. Accompagnée de son mari ses parents et beaux parents, elle faisait un tour de France en 10 jours : Paris, les châteaux de la Loire, Marseille, la côte d'Azur etc...
Depuis son départ de France en 2012 elle est toujours en forme comme on peut le voir sur la photo.
Olivier



mardi 26 avril 2016

La traduction comme reflet d'un mode de pensée


Un nouvel article pour répondre aux attentes de Nicole et donner quelques indices pour résoudre notre petite énigme : pourquoi la pensée chinoise a relativement peu utilisé la mythologie ou la théologie pour expliquer le monde ?

Ces indices vont faire appel à des notions qui ne sont pas très difficiles mais qui nous sont suffisamment étrangères pour que nous empruntions plusieurs chemins différents mais convergents pour les approcher et nous familiariser avec elles. Ce sera aussi l’occasion de reprendre des échanges que nous avons pu avoir sur le blog ou ailleurs avec Françoise sur les couleurs comme étapes de transformation et avec Olivier sur les problèmes soulevés par la traduction des textes.

Dans un récent commentaire Françoise signalait « le caractère 青 (qīng) qui évoque un vert dont les tons sont particulièrement changeants : bleu, gris, un bleu-vert ou un vert-bleu. C'est une couleur qui symbolise le renouveau, la vitalité (couleur du printemps, de l'élément bois...). » Or ce caractère changeant n'est pas seulement lié à la couleur qīng. C'est le propre de la plupart des notions chinoises à commencer par les fameux wu xing, notion que l’on traduit généralement par cinq éléments (eau, feu, bois, métal, terre). Léon Vandermeersch dans son livre Les deux raisons de la pensée chinoise estime que cette traduction de xing par « élément » n’est pas adéquate à la pensée chinoise car : « les wu xing chinois ne sont pas des substances…mais des formes fondamentales de la dynamique des mouvements et changements affectant incessamment tous les êtres de l’univers ». Il propose donc de traduire wu xing par les « cinq agents » ou plus précisément les « cinq éléments/agents ». En effet xing au sens premier signifie « façon de marcher » et par extension « façon d’agir » à la manière de l’eau (hydraulicité), du feu (ignicité), du bois (lignicité), du métal (metallicité), de la terre (telluricité) propriétés qui appartiennent à tous les êtres, à toutes les choses.

Léon Vandermeersch poursuit « La pensée chinoise saisit la nature des choses non pas comme sub-stantielle, c'est-à-dire fondamentalement stable, mais comme sub-mutationnelle, c'est-à-dire comme fondamentalement changeante (chaque chose ayant sa façon propre de changer suivant le xing à laquelle elle est associée). Pour mieux comprendre reprenons l’exemple signalé par Françoise de l’association du bois, du printemps, du renouveau, de la vitalité et de la couleur qīng . Cette association se comprend difficilement si on considère le bois comme un élément stable, comme une substance. Elle se comprend mieux si on considère le bois dans sa fonction dynamique de lignicité. Quelle est la propriété de la lignicité ? C’est la faculté de se redresser après s’être courbé. Ce qui est la définition de la vitalité, du renouveau et du printemps.

Dans un prochain article nous retrouverons ces notions et, peut-être, les comprendrons nous mieux en empruntant des chemins qui sur certains points recoupent la pensée chinoise du Yi Jing. Ces chemins se nomment le bouddhisme et le structuralisme.. Ils nous rapprocheront de la solution de notre énigme.
Jean-Louis

vendredi 22 avril 2016

Une énigme


L’un des intérêts de notre blog est, me semble-t-il, de partager des coups de cœurs. De donner des pistes concernant les films, les émissions de télé, les livres, les DVD que nous avons aimés.

Je voudrais aujourd’hui vous indiquer un petit trésor. Ce trésor prend la forme de trois DVD où le grand hélléniste Jean-Pierre Vernant nous explique, à travers de magnifiques récits, à quoi sert la mythologie. Ce trésor se trouve, bien caché, dans un recoin du troisième étage de l’Alcazar. Ce qui est merveilleux avec les grands pédagogues c’est que, pendant le temps de l’exposé, leur public se sent intelligent. La mythologie grecque c’est bien sûr de beaux récits qui servent de toile de fond à notre civilisation et à notre imaginaire. Mais ces récits avaient aussi une fonction. Ils servaient à expliquer pourquoi le monde était comme il était. Ainsi le mythe de Prométhée explique pourquoi les hommes doivent travailler et planter le blé qui ne pousse plus tout seul, pourquoi ils doivent entretenir le feu qui n’est plus éternel, pourquoi ils vieillissent, pourquoi ils doivent avoir recours au ventre des femmes pour se perpétuer mais surtout pourquoi le bien et le mal sont souvent liés.

Claude Lévi-Strauss, lorsqu’on lui demandait à quoi servait la mythologie pour les Indiens, donnait la même réponse que Jean-Pierre Vernant. La mythologie pour les Indiens, comme pour les Grecs, comme pour la plupart des civilisations sert à expliquer le fonctionnement du monde. Mais alors surgit une énigme. Il semble que la civilisation chinoise ait très peu exploré la voie mythique pour expliquer le monde, sa naissance, son fonctionnement (voir Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise). Pour expliquer le monde elle a eu recours à d'autres moyens. Lesquels et pourquoi ? N’est-ce pas là une énigme digne des meilleurs romans policiers ?

Des éléments de réponse ne se trouveraient-ils pas dans l'un des plus anciens livres de la Chine, le Yi Jing ?
A suivre,
Jean-Louis

mercredi 20 avril 2016

"Traduction"


Le Yi Jing (Livre des Mutations ou Classique du Changement) est l’un des cinq classiques confucéens avec Les Odes, Les Documents, Les Rites et les Annales des Printemps et Automnes. Son influence a été considérable sur la pensée chinoise. Le propos de cet article n’est pas de présenter le Yi Jing, ce serait bien présomptueux, mais de rapporter une anecdote qui ne manque pas de piquant (c’est normal, la cuisine chinoise n’est pas loin) trouvée dans un des derniers livres de François JULLIEN : Entrer dans une pensée.

Cette anecdote a pour lieu le nom des restaurants chinois du quartier de la rue Monge à Paris. Elle montre comment l’influence du Yi Jing à la fois perdure et est oubliée de nos jours dans les rues de Paris. Pour en saisir toute la saveur il faut quand même dire deux mots du Yi Jing. Ce livre est composé de 64 hexagrammes (figures à six traits) qui servaient et servent encore à la divination. Ces hexagrammes sont composés de traits pleins ___ (traits Yang) ou de traits brisés _ _ (traits Yin). Le premier hexagramme est composé uniquement de traits pleins et se nomme Qian, l’initiateur. Il symbolise le Ciel, c'est-à-dire l’énergie Yang en expansion qui ne cesse de se diffuser et d’animer la Terre, représentée par le second hexagramme composé uniquement de traits Yin. Le deuxième hexagramme est nommé Kun, le réceptif. Mis en corrélation ces deux hexagrammes figurent la totalité de la réalité, les autres figures n’évoquant que des situations particulières.

Le premier hexagramme, Qian, est assorti d’un jugement attribué au Roi Wen, le Roi civilisateur, fondateur mythique de la dynastie des Zhou (tournant du premier millénaire avant J.C.). Ce jugement est composé de 4 caractères : Yuan (début, commencement), heng (essor), li (profit), zhen (rectitude). Ce jugement est explicité par un commentaire mis au compte de Confucius : Ample est la capacité de Qian (la capacité initiatrice) ! Les dix mille êtres y trouvent leur fond pour débuter : de sorte qu’elle commande au Ciel.

Venons-en à l’anecdote. Se promenant dans son quartier, François JULLIEN s’intéresse au nom des restaurants chinois. En général la transposition française n’a rien à voir avec les caractères chinois. Ainsi les caractères chinois qui signifient mot à mot « Nouveau – florissant » sont transposés en « Delicious Monge » (de la rue Monge). Il trouve même comme nom d’un restaurant de jiaozi les deux premiers mots du Classique du Changement : Qian heng qui sont transposés en … « Chez Tonny ».

Ami lecteur si d’aventure vous vous promenez dans ce quartier parisien pensez à lever la tête et à décrypter si, vous le pouvez, les enseignes des restaurants chinois, étrange mélange de tradition et de fantaisie « moderne».
Jean-Louis

dimanche 10 avril 2016

Le domaine viticole de Bunan et le village médiéval du Castellet


Manifestement le vin intéresse toujours les Français comme en témoigne le groupe qui se forme petit à petit sur le parking du domaine de Bunan à La Cadière d’Azur. Nous sommes, en effet, plus d’une vingtaine. Les étudiants chinois ne sont que deux, par contre deux familles franco-chinoises nous ont rejoint et bien sûr notre chère Directrice.

Le domaine de Bunan s’étend sur une belle colline aménagée en restanques au début des années ¬60. Notre très sympathique guide nous apprend, en effet, que pour mériter l’appellation « Bandol » les vignes doivent pousser sur des restanques. Pour trouver l’eau elles étendent leurs racines à des profondeurs exceptionnelles ce qui leur permet de se charger des sels minéraux qui donneront toute sa saveur au vin. Pour mériter l’appellation le raisin doit en outre être cueilli à la main et un rendement maximum est imposé par hectare, ce qui oblige, par exemple, à enlever la moitié des grappes lorsqu’elles sont encore vertes. Tout cela pour garantir l’excellence du vin. Une fois toutes ces précautions prises, la récolte d’un cep de vigne permet de faire approximativement une bouteille de vin.Je n'ai pas retenu tous les chiffres énumérés par notre guide. Deux cependant m'ont frappé. Dans le prix d'une bouteille de vin, le contenant en verre compte pour un euro et le bouchon en liège pour 80 centimes. Il faut privilégier les bouchons en liège, surtout pour les vins de longue garde, car ils permettent à ceux-ci de "respirer" et donc de veillir dans de meilleures conditions.

Après ces explications nous commençons la visite des caves. D’abord celle des cuves en inox où fermentent les vins blancs et rosés pendant une année, puis la magnifique salle dite salle des foudres où vieillit le vin rouge pendant deux années. Je vous laisse découvrir, en regardant le diaporama, les robinets, les tuyaux, les manomètres, les cuves, les foudres, le tableau de bord informatique qui montrent que le vin est maintenant élevé avec des procédés extrêmement modernes qui auraient fait rêver mon grand-père qui foulait le raisin avec les pieds pour faire son vin. En isolant ces objets et en les prenant sous des angles particuliers, photos après photos, Anne a su leur conférer une dimension esthétique. Ils pourraient presque figurer dans une exposition d'art contemporain. J'essayerai de retenir ce procédé photographique.

En visitant ce domaine viticole, je n’ai pu m’empêcher de me souvenir des vendanges de mon enfance dans l’Isère. A Bunan, nous avons des vendanges industrielles pratiquées avec des procédés presque scientifiques. La récolte a lieu vers le 15 du mois d’Août (nous sommes dans le midi) avec un grand nombre de personnes essentiellement des saisonniers. Les conditions de travail sont difficiles et beaucoup abandonnent en chemin (un peu comme dans les cours de chinois !!). Et la maîtresse de maison nourrissant les vendangeurs est une légende. Dans l’Isère les vendanges que j’ai connues reposaient sur l’entraide entre voisins et se terminaient par des repas pantagruéliques où le vin coulait à flot. Vues avec mes yeux c’était une fête, comme l’étaient les moissons ou la récolte du tabac (mais sans doute j’idéalisais). Je crois que c’est de là que vient mon intérêt pour l’ethnologie. Enfant citadin, je contemplais un monde étrange et étranger et j’avais le pressentiment que, comme mon enfance, il allait bientôt disparaître.

Mais revenons à Bunan et à la dégustation des trois couleurs. Je dois avouer une petite préférence pour le vin blanc.

Pour déjeuner, nous nous dirigeons vers un beau jardin en terrasse. Les responsables de la cave, très aimablement, mettent à notre disposition des tables et des chaises. Je voudrais ici souligner l’accueil particulièrement sympathique qui nous a été réservé. Et c’est dans cette ambiance, sous les eucalyptus et le soleil que mes amis m’on fêté mon soixante septième anniversaire. Un grand merci à eux, un grand merci à Nicole pour son excellent gâteau et à Anne pour les livres en provenance du musée de Shanghai. Nous terminons notre repas en chansons.
Une magnifique journée ensoleillée par le soleil et l’amitié. Un grand merci à Françoise et Jacques pour l’avoir organisée.

Vous connaissez mon goût pour les chansons à boire. En voici une que j'aime bien et qui vous permettra de pratiquer votre anglais :

Notez que boire comme des trous se dit "to drink like a fish".



Je passe maintenant le clavier à Françoise pour la visite du Castellet.
Jean-Louis

Ok, je prends mon clavier. Merci , Jean-Louis, d'avoir fait ce compte-rendu ; j'ai craint à un moment que tu ne t'octroies un jour de congé pour ton anniversaire ! Et merci à Anne qui prend de très belles photos.
Donc, nous étions environ 25 et nous retrouvâmes une douzaine, les contraintes horaires de retour, les enfants, les parkings pleins ... en furent la cause.
La visite du village médiéval du Castellet a beaucoup plu aux survivants : un lieu authentique, touristique mais sans excès, des remparts, des points de vue magnifiques sur la baie de La Ciotat, des Lecques et aussi de la Sainte Baume pour terminer par une démonstration de peinture de bougie et un arrêt dans un des nombreux bars.
Une journée très sympa et l'occasion de retrouver des amis ou d'en connaître de nouveaux. Merci à tous.

vendredi 1 avril 2016

Les Miao sur France 2

France 2 présentera le 12 avril à 20 h 55
un reportage sur les Miao. Cela intéressera sans doute tous les passionnés de la Chine et , en particulier, ceux qui ont quelques attaches avec Couleurs de Chine

Merci à Claude pour cette info.

Françoise

mercredi 23 mars 2016

The Assassin : prolongation

 Le Chambord programme encore ce film pour une semaine : plus d'excuses!



J’y suis donc retournée et  c’est vraiment  très intéressant de revoir un film sans trop se concentrer sur la compréhension de l’intrigue (quoique j’ai encore quelques incertitudes !)
Ce film peut se voir en suivant plusieurs grilles ou thèmes dans lesquels le taoïsme est très important, l’époque des Tang ayant vu l’apogée du taoïsme féminin.
Par exemple les couleurs : prologue en noir et blanc, noir des ânes, blanc des bouleaux, puis transformation des couleurs au fil des saisons, beaucoup de « tableaux » sont pratiquement monochromes, à part les scènes champêtres pleines de couleurs et douces en même temps.


Ou l’omniprésence des rideaux, des voiles, des bougies aux flammes vacillantes l’importance de l’eau et du feu, des rituels magiques.
Sans oublier le thème du miroir : légende de l’oiseau bleu et du miroir évoquée à plusieurs reprises, personnage du miroitier.
Tout cela donne un film à la fois très construit et très sensible.
Ce serait bien d'avoir d'autres avis.

Françoise

samedi 19 mars 2016

Courez au cinéma!



Je suis allée hier voir The Assassin , film du réalisateur taïwanais Hou Hsiao-hsien, sorti en 2015 et prix de la mise en scène à Cannes.
C’est peu dire que j’ai été émerveillée par ce film. Je compte d’ailleurs bien le revoir car je suis sûre de n’avoir pas pu en saisir toute la richesse.
Ce film n’est pas seulement un film  de 武俠片 (wǔxiá piàn )« film de héros martial », c’est à l’origine un , chuánqí plutôt une nouvelle fantastique.
Quelques éléments glanés sur l’internet :
En Chine, au IX siècle (dynastie Tang), Nie Yinniang revient dans sa famille après de longues années d’exil. Son éducation a été confiée à une nonne qui l’a initiée dans le plus grand secret aux arts martiaux. Véritable justicière, sa mission est d'éliminer les tyrans. A son retour, sa mère lui remet un morceau de jade, symbole du maintien de la paix entre la cour impériale et la province de Weibo (Hubei actuel), mais aussi de son mariage avorté avec son cousin Tian Jian. Fragilisé par les rebellions, l'Empereur a tenté de reprendre le contrôle en s'organisant en régions militaires, mais les gouverneurs essayent désormais de les soustraire à son autorité. Devenu gouverneur de la province de Weibo, Tian Jian décide de le défier ouvertement. Alors que Nie Yinniang a pour mission de tuer son cousin, elle lui révèle son identité en lui abandonnant le morceau jade. Elle va devoir choisir : sacrifier l'homme qu’elle aime ou rompre pour toujours avec "l'ordre des Assassins".
La mise en scène, la photographie sont époustouflantes : « J’affectionne les longs plans séquences qui englobent l’arrière-plan des personnages et le contexte des objets qui les entourent » dit le chef de file de la Nouvelle Vague taïwanaise qui imagine le spectateur «comme assis sur la berge d’un torrent », témoin du calme comme des remous. Quitte à être de force emporté par le courant.



Nous sommes en présence d’une suite de tableaux vivants, semblable à une peinture traditionnelle en rouleau qui crée une lecture fluide et impétueuse comme un torrent.



Les extérieurs ont été tournés en Mongolie intérieure et dans la Province de Hubei, les paysages en sont magnifiques.



Le film est riche aussi d’indications sur les codes vestimentaires et décoratifs et sur les rituels de la Chine à cette époque.
J’ai trouvé des éléments intéressants sur ce site :
Beaucoup de ces récits font apparaître  des personnages de femmes dotées de pouvoirs exceptionnels, capables d’accomplir des missions salvatrices. Comme le xia,  la nüxia est à l’origine née d’événements réels, mais transformée par la fiction.
Ce qui caractérise ensuite la nüxia, ce sont ses pouvoirs magiques, son arsenal de potions et pilules qui lui confèrent des capacités martiales hors du commun, comme s’il fallait pouvoir expliquer comment un faible corps de femme pouvait acquérir une résistance et une force capables de l’affranchir de la pesanteur ordinaire pour lui faire franchir des murs d’un bond et des centaines de lis d’une seule traite. La nüxia est une création de l’imaginaire taoïste, et qui le restera même quand ses pilules seront délaissées pour la maîtrise du souffle - du qi.
La nüxia est salvatrice, elle lutte contre le désordre et l’injustice ; en même temps, cependant, elle est, de par son indépendance même, et parce qu’elle est femme, se voulant indépendante, un défi à l’ordre de la société traditionnelle. La nüxia est un électron libre et, à l’origine, sous les Tang, dénuée de toute émotion ; l’émotion viendra plus tard, sous les Song, sous l’influence d’autres genres littéraires.    
Dans les chuanqi, c’est la tension née de cette identité ambiguë qui fait la force de ces personnages : formée pour agir (et tuer), la nüxia disparaît quand elle a achevé sa mission, on ne sait où, mais le plus souvent dans quelque caverne d’immortel taoïste. Les récits eux-mêmes sont écrits dans un style qui traduit la tension entre le réalisme des descriptions factuelles et le surnaturel des éléments de l’histoire qui sont justement là pour la rendre crédible.... les nüxia sont des personnages de légende, mais ancrés dans la réalité.


De  plus, voici ce qui est raconté dans la nouvelle d’origine et qui nous révèle les événements précédant ceux du film : « Nie Yinniang, qui naquit au cours de l’ère Zhenyuan des Tang, était la fille de Nie Feng, généralissime de Weibo. Alors qu’elle avait juste dix ans, une nonne qui mendiait sa nourriture dans le domaine de Nie Feng la vit. Admirant cette enfant, elle déclara : « Je demande à votre excellence de me laisser emmener votre petite fille pour l’éduquer. » Nie Feng entra dans une grande colère et injuria la nonne. Celle-ci rétorqua : «Enfermeriez-vous [votre fille] dans un coffre en fer, elle n’en sera pas moins enlevée bientôt. » La nuit tombée, on perdit en effet toute trace de Nie Yinniang. Nie Feng, affolé, ordonna des recherches, mais aucun indice ne fut trouvé. [Depuis,] les parents, impuissants, tombaient en larmes en se regardant à chaque fois qu’ils pensaient à leur fille.
Le film commence là : « Cinq ans plus tard, la nonne ramena Yinniang dans son foyer et dit à Nie Feng : « Son éducation est terminée, veuillez la recevoir. » Puis elle disparut subitement.
Toute la famille se réjouit, le cœur serré. Lorsqu’on lui demanda ce qu’elle avait appris, elle répondit : « Au début, je ne faisais que réciter les textes sacrés et déclamer des incantations, rien d’autre. » Nie Feng n’en crut rien, et il insista de tout son cœur [pour qu’elle parle]. Yinniang demanda : « Comment faire ? Je crains si je dis la vérité que vous ne me croyiez pas.»  Nie Feng la rassura : « Ne dis donc que la vérité. » Yinniang raconta alors [son histoire] : « Lorsque la nonne m’enleva, nous marchâmes d’abord je ne sais combien de lieues. A l’aube, nous arrivâmes à l’entrée d’une vaste grotte, large de plusieurs dizaines de pieds, solitaire et désertée. Les singes pullulaient dans une forêt très dense. Se trouvaient déjà là deux filles, âgées elles aussi de dix ans, intelligentes et d’une grande beauté. Elles ne mangeaient pas, et étaient capables de courir en volant le long des falaises, de grimper aux arbres telles de vifs macaques, sans aucun faux-pas. La nonne me donna une pilule, puis me fit régulièrement manier une épée précieuse, dont la lame était longue de plus de deux toises (une soixantaine de centimètres), si aiguisée qu’elle tranchait un poil volant dans l’air. Elle m’enseigna également à grimper à la suite des deux autres filles, et petit à petit j’eus l’impression que mon corps devenait aussi léger que le vent. . Au bout d’un an, j’attaquais les singes et pas un n’en réchappait. Puis, j’attaquais les tigres et les léopards, leur tranchant la tête avant de m’en retourner. Au bout de trois ans, je sus voler, et la nonne m’envoya attaquer les aigles et les faucons. Je ne les manquais jamais. La lame de mon épée fut progressivement réduite à cinq pouces, et les oiseaux en vol la rencontrant [mouraient] sans savoir d’où [le coup] venait. ..." »
 « "... Lors de la quatrième année, la nonne laissa les deux autres filles garder la grotte, et m’emmena dans une grande ville, que je ne saurais situer. Elle désigna alors un homme, me passa en revue tous ses crimes, puis me dit : « Tranche-lui la tête pour moi, sans qu’il ne se rende compte de rien. N’aie pas peur, c’est aussi facile que [de tuer] un oiseau en vol. » Elle me donna alors un poignard en forme de corne de bélier, dont la lame faisait trois pouces. Ainsi, j’assassinai cet homme dans la ville, en plein jour, sans que personne ne s’aperçoive de rien. Je mis sa tête dans un sac et la ramenai à l’auberge où vivait mon maître. A l’aide d’une potion, elle la métamorphosa en eau. Lors de la cinquième année, elle me donna une nouvelle mission :
« Le haut fonctionnaire untel est un criminel, il a mené à la mort de nombreux innocents. Tu pourras t’introduire le soir en sa demeure, et me ramener sa tête. » Je pris mon poignard, m’introduisis dans sa maison en traversant la rainure des portes, sans rencontrer aucun obstacle, puis me mis à l’affût sur une poutre. Une fois la nuit tombée, je pris sa tête et m’en retournai. La nonne était furieuse : ‘Pourquoi as-tu autant tardé ?’ Je lui répondis : ‘J’ai vu cet homme devant moi jouer avec un enfant, c’était charmant, je n’ai pas pu le tuer à ce moment-là.’ La nonne me fit de sévères reproches : ‘La prochaine fois que tu rencontres ce genre de type, prends d’abord la vie de ceux qu’il aime, et tue-le ensuite.’ Je la remerciai, et elle m’annonça alors : ‘Je vais t’ouvrir l’arrière du crâne et y glisser ton poignard sans te blesser. Tu n’auras ensuite qu’à le tirer lorsque tu en auras besoin.’ Elle ajouta : ‘Tu maîtrises désormais parfaitement ton art, tu peux rentrer à la maison.’ Et c’est ainsi qu’elle me ramena, en me disant que nous nous reverrions dans vingt ans. » En entendant ce récit, Nie Feng fut terrorisé. De plus, Yinniang disparaissait la nuit tombée, et ne revenait qu’avec l’aube. Son père n’osa plus l’interroger à ce sujet, et à cause de tout cela, il ne la chérit plus comme auparavant. »


Françoise

dimanche 13 mars 2016

Saint Ser et "le cabanon"






Photos transmises par Marie-Claude



Notre journée commence par une petite visite du joli village de Puyloubier, de son lavoir, de son "Manken pis local "et de « sa rue qui monte ».
Nous reprenons les voitures pour nous diriger vers le parking desservant la chapelle de Saint Ser. Et nous attaquons la montée un peu rude. Mais nous sommes récompensés par le magnifique paysage que nous découvrons au fur et à mesure que nous progressons dans notre ascension. Arrivés au belvédère situé juste au dessous de la chapelle, Michel nous rappelle l’histoire des lieux. Saint Ser était un ermite vivant au V° siècle à qui un roi wisigoth fit trancher les oreilles avant de le faire mettre à mort. C’est pourquoi les malentendants invoquent ce martyr pour retrouver l’audition. La chapelle fut plusieurs fois restaurée. La dernière fois, si je me souviens bien les explications de Michel, en 1998. Nous visitons la petite église en remarquant les oreilles tracées sur les poutres lors d’une restauration. Sur l’esplanade de la chapelle Marie-Claude nous réconforte en nous offrant un bon thé bien chaud accompagné des biscuits fabriqués par Nicole.

Nous amorçons la descente en observant les jeux de lumière sur la crête de la montagne et nous reprenons les voitures direction « le cabanon » où nous attend Jean-Marie le frère de Marie-Claude qui nous réserve un accueil très chaleureux. Sur une petite table ronde l’apéritif est déjà prêt. Je suis impressionné par une bouteille de Ricard contenant 450cl du précieux breuvage. Nicole déroule un rouleau qu’elle a reçu en cadeau et s’efforce de déchiffrer avec l’aide de nos amis chinois les inscriptions calligraphiées. Il semble qu’il s’agisse d’un roi rendant visite au palais de la lune.

Nous installons les tables sous la petite treille devant le cabanon. Mais bientôt quelques gouttes de pluie nous obligent à rentrer. Après le repas nous commençons à chanter. Jean-Marie commence par une chanson évoquant un cabanon au pied de la Sainte Victoire. Puis continue par « Aujourd’hui peut-être ou alors demain » qui avec une point d’accent prend une saveur particulière. Nicole avait préparé un petit livret de chansons franco-chinoises. Je pensais vraiment que nous ne chanterions pas cette fois-ci. Et bien je me suis trompé. Sans doute l’ambiance, la convivialité mais nous avons chanté tout le livret. Bientôt Jean-Marie sort de derrière les fagots plusieurs belles bouteilles de digestif et notamment une énorme bouteille d’alcool de thym censée guérir à peu près tous les maux. Je ne sais pas si c’est exact mais je peux vous assurer que c’était délicieux. Alors arrive ce qui devait arriver nous entonnons des chansons à boire dans lesquelles comme dans les chansons paillardes passent tant de choses et que l'on aurait tort, à mon avis, de sous estimer. Pendant un instant j’ai retrouvé l’ambiance des repas de mon enfance à la campagne ou les soirées autour d'un feu de bois à l'UCPA. Moments un peu magiques, hélas trop rapides. Mais il nous faut repartir. Nous nous attardons un moment devant la cheminée où brûle en se consumant un joli feu de bois. Dehors Nicole organise un jeu de balles.

Un grand merci à Jean-Marie, Marie-Claude et Michel pour leur accueil si sympathique. Un grand merci à Nicole pour l’organisation.
Jean-Louis