lundi 11 avril 2011

Dimanche : tous à St Rémy

C'est Danielle et Alain qui nous proposent un programme complet : culture et sport.

Culture avec la visite de sites prestigieux tels les Antiques ou encore Glanum mais aussi le monastère St Paul de Mausole maison de santé psychiatrique ayant accueilli Van Gogh
- cloître , chapelle : gratuit
- possibilité de visite du musée entrée 4€ et 3€ groupe à partir de 10 personnes :chambre de l'artiste, techniques de soin de l'époque.
Voici une photo du cloître :



Sport avec une randonnée légère, sans difficulté, dénivelé 250 m , durée 3h30 sans les arrêts.
pique-nique après 2h de marche.

Quel programme !!!

Alors rendez vous à 10h 30 sur le Parking devant la maison de santé de St Paul de Mausole qui accueille toujours des malades aujourd'hui
adresse : route des Baux 13532 St Rémy de Provence tel 04 90 92 77 00
ou au métro La Rose à Marseille à 8h30
ou à l'office du tourisme d'Aix à 9h00

A dimanche (avec bien sûr le pique nique)

Nicole

samedi 9 avril 2011

Conférence sur la céramique chinoise



L'assocation Yin organise une conférence :

Le 15 avril à partir de 17h30

La Céramique chinoise
Conférence de Corinne NOUVEL

Participation : 10 euros ; Gratuit pour les adhérents

Et, pour ceux qui souhaiteraient prolonger la soirée : Dîner sur réservation : 12 euros

Lieu : La Chimère , 409, CD. 10, 13100 Saint-Marc Jaumegarde

( C.D. 10 , Terminus Aix en Bus ligne 4B, Arrêt Domaine du Prignon)

Tél : 06 81 80 87 92 E-Mail : associationyin@yahoo.fr

Jean-Louis

mercredi 6 avril 2011

Tous à St Rémy le 17 avril

Le programme nous est proposé par Danielle et Alain.

Il s'agit d'une randonnée légère, sans difficulté, le dénivelé n'étant que de 250m.
Nous aurons le plaisir d'admirer les Antiques :



Nous longerons également les ruines gallo romaines de Glanum.

Nous visiterons également le monastère St Paul de Mausole maison psychiatrique ayant acceuilli Van Gogh : cloître, chapelle, musée (payant donc facultatif mais seulement 3 euros), chambre de l'artiste, techniques de soin de l'époque.

Un programme ma foi des plus interessants.

Rendez vous à
10h30 devant la maison de santé : route des Baux 13532 St Rémy de Provence (tél : 04.90.92.77.00)
ou au métro La Rose à Marseille à 8h30
ou à l'office du tourisme d'Aix à 9h00

Comme d'habitude prévoir un pique nique dans un sac à dos et de bonnes chaussures de marche.

Nicole

Nuages chrétiens, brumes chinoises


Le Christ salué par Saint Pierre et Saint Paul sur les rives du Jourdain, anonyme, mosaïque Rome (IX° siècle)


Temple taoïste dans les montagnes, attribué à Dong Yuan (907-960)

L’artiste doit-il rechercher la ressemblance formelle avec l’objet, le personnage ou le paysage qu’il veut représenter ?
Le point commun entre le deuxième concile de Nicée, les lettrés chinois dont, bien sûr Su Shi, et l’art des peuples premiers est d’avoir préconisé ou pratiqué un art répondant négativement à cette question. Pour quels motifs ? Si l’art ne vise pas à la ressemblance formelle que veut-il signifier ?
La réponse à cette question permet de cerner la fonction de l’art, permet de comprendre comment une culture, à un moment donné, appréhende la nature.

Nous avons choisi trois exemples qui se complètent et qui permettent de comprendre pourquoi, à un moment donné, les artistes ont préféré l’art significatif à l’art représentatif. Nous évoquerons assez rapidement l’art chrétien antérieur au XIV° siècle et l’art des peuples premiers pour nous attarder davantage sur l’art des lettrés chinois.

Les peintres de l’époque romaine ont su peindre de « vrais » ciels. Mais entre le VI° et le début du XIV° siècle, sous l’influence des théologiens, on assiste à une disparition presque totale de procédés tendant à créer l’illusion. Cette absence, nous dit Nadeije Laneyrie-Dagen « ne résulte pas d’une incapacité des peintres à imiter le réel mais d’une volonté délibérée. Les signes du réel, dans les tableaux du moyen-âge, devaient être assez explicites pour que le spectateur pût suivre l’histoire, mais aussi assez vagues pour que, l’œil ne s’arrêtant pas à la surface des objets, l’esprit fût renvoyé à ce qui apparaissait comme l’objet légitime de la peinture : la transcendance. Conciles et théologiens n’ont cessé de le proclamer ».

Ainsi le deuxième concile de Nicée qui en 787, comme nous l’a rappelé Françoise, mit fin à la première période iconoclaste, déclare « la peinture …doit signifier encore plus que représenter, il suffit que les figures soient purement schématiques ». On pourrait multiplier ce genre de déclarations : ainsi Saint Augustin qui parle de la « concupiscence des yeux », Jean Scot Erigène qui dénonce le danger d’une délectation sensuelle susceptible de mener à l’oubli des valeurs spirituelles. Pour ces théologiens, il suffit de représenter les éléments naturels par des signes comme on peut le voir dans l’illustration proposée où les nuages sont représentés par des rubans festonnés qui se distinguent à peine des signes qui plus en bas symbolisent l’eau du Jourdain (IORDANES).

Il faudra attendre Saint François d’Assise et Saint Thomas d’Aquin qui, intégrant la louange du monde dans l’adoration de Dieu, rendront licite de peindre d’une manière aussi réaliste que possible tous les éléments de la nature que Saint François célèbre dans le Cantique des créatures.

Comme les artistes primitifs chrétiens, les peuples premiers ont choisi de signifier plutôt que de représenter. Dans ses entretiens avec Georges Charbonnier, Claude Lévi-Strauss nous en donne les raisons.

Les artistes des peuples premiers comme les artistes de toutes les cultures se sont heurtés aux difficultés techniques de la représentation, de la ressemblance. Ces difficultés ont peut-être été plus grandes chez les peuples premiers en raison d’une insuffisance de moyens. « Quand on ne peut pas fournir un fac-similé du modèle, on se contente, ou on choisit de le signifier. »

Pourtant, cette insuffisance de moyens techniques ne suffit pas à expliquer la prédilection pour la fonction significative. Il y a, en effet, des populations dites primitives qui sont parvenues à une extraordinaire maîtrise technique de leurs procédés de fabrication comme la poterie péruvienne précolombienne ou le tissage archaïque péruvien qui sont parmi les plus parfaits jamais fabriqués. A quoi tient donc cette prééminence de la fonction significative ?

Les peuples premiers entourent les éléments naturels « du coussin amortisseur de leurs rêves ». L’univers dans lequel ils vivent étant largement surnaturel « il est irreprésentable par définition, puisqu’il est impossible d’en fournir le fac-simile ; ainsi, que ce soit par défaut ou que ce soit par excès, le modèle déborde toujours son image, les exigences de l’art débordent toujours les moyens de l’artiste ».

Venons en maintenant à la Chine et plus précisément à l’art lettré. Su Shi a déclaré dans une phrase restée célèbre : « rechercher la ressemblance en peinture est un enfantillage ». Nicole Vandier-Nicolas nous rappelle également que « pour échapper au piège du naturalisme, l’habitude se prit de peindre, non pas l’arbre lui-même, mais son ombre portée, par une nuit de lune, sur l’écran transparent des fenêtres. »

Les lettrés chinois ne cherchaient pas à exalter la grandeur de Dieu comme les peintres primitifs chrétiens. Le surnaturel n’est pas une notion de la pensée chinoise comme elle peut l’être pour les peuples premiers. En ne recherchant pas la ressemblance formelle que voulaient donc signifier les lettrés ? Je vous propose de l’aborder dans de prochains articles.
Jean-Louis


Bibliographie :
- L’invention de la nature, Nadeije Laneyrie-dagen, Flammarion
- Entretiens avec Claude Lévi-Strauss, Georges Charbonnier, Les Belles lettres
- Peinture chinoise et tradition lettrée, Nicole Vandier-Nicolas, Seuil

lundi 4 avril 2011

Marseille soutient le Japon





Le samedi 9 avril à partir de 19h30 à l'auditorium du Palais du Pharo
L'intégralité de la recette sera reversée aux enfants de Minami Sôma victimes du tremblement de terre, du tsunami, du froid des retombées radioactives et à présent livrés à eux-mêmes.

Nicole et Jean-Louis

P.S.
Les billets seront en vente, soit le jour même du concert à l'entrée de l'auditorium du Pharo, soit , les jours avant , ou le jour même, avec ou sans réservation par mail dans les locaux de l'association (coordonnées dans le communiqué de presse).
Il est aussi possible de réserver par mail, puis récupérer les billets à son nom à l'entrée, en remettant la somme, soit par courrier à l'adresse de l'association, soit sur place au moment de l'entrée.
La phrase indiquant le prix de "20 € ou plus", c'est pour les personnes qui désirent rajouter un don, au prix de la place.
Olivier

Flot d'asperges



Dans un premier temps, Gérard avait été très ambitieux pour notre groupe, puisqu’il avait prévu une montée aux sommets de Marseilleveyre et une descente par l’escalier des géants où je connus une des peurs de ma vie. Sur notre insistance, il a très gentiment réduit ses ambitions et c’est finalement une boucle bien sympathique et plus à notre portée que nous avons effectuée.

Partis de Callelongue, nous avons suivi le bord de mer photographiant au passage les iles du littoral resplendissantes sous le soleil et saluant les passagers des bateaux se dirigeant vers Cassis. Nous sommes passés devant la calanque de la Mounine, la plus petite des calanques, le restaurant du Belge pour arriver à la calanque de Queyrons (enfin, je crois que c’est ce nom). Premier coups de soleil, premiers bains de mer pour les plus courageux (l’eau était à 13 degrés). Jeux avec les petits crabes qui, même s’ils n’avaient pas de pinces d’or, ont bien su pincer les doigts des imprudentes (n’est ce pas chère Dan !).

Sur le chemin du retour quelques petits raidillons pour tester notre souffle et notre chinois (hen3 nan2). Puis, un chemin de crêtes qui traversait de beaux sous bois et offrait de magnifiques échappées sur le bleu étincelant de la mer où les hors bord creusaient un sillon d’écume blanche.
Et les asperges dans tout ça ? La récolte ne fut peut-être pas mirifique, mais elle fut honorable en tout cas suffisante pour que les plus sérieuses de nos chercheuses puissent parfumer une petite omelette.
Comme toujours avec Chinafi, le moment culturel ne fut pas absent. Savez-vous quelle image on utilise, en Chine, pour désigner un avare ? On dit que c’est un coq en fer. Allez plumer un coq en fer !

Une journée pleine de bonne humeur que nous avons conservée dans les embouteillages du retour en partageant nos dernières victuailles et en dégustant en imagination de bons plats épicés comme les Nouilles sur le pont, spécialité de Kunming. Nous étions affamés.

Un grand merci à Gérard pour sa conduite attentionnée et riche en anecdotes. Un grand merci à Nicole pour l’organisation. Un grand merci à tous pour vos sourires.

Nos futurs rendez-vous (bloquez vos agendas) :
- Le 17 avril pour la visite de Saint Rémy et de sa région
- Le 30 avril en soirée pour une grande fête chez Anne afin de célébrer ….mais chut, c’est un secret !
Jean-Louis

samedi 2 avril 2011

Voyage CHINAFI 2011

Chers Chinafiens et amis de la Chine

Suite a des problèmes liés au prix des billets proposés par les compagnies aériennes ainsi que des problèmes liés au manque d'accompagnateurs, les projets de voyage en Chine tels que nous vous les avions indiqués il y a quelques temps ont du être revus:

Nous maintenons donc un voyage cet été, il s'agit du voyage de Pékin à Xi'an, mais celui-ci est déplacé du 10 au 21 aout. Nous avons pu trouver des billets relativement moins cher, le cout du voyage s'en voit donc amoindri.

Vous trouverez le programme modifié de ce voyage sur notre site.

Veuillez svp vous manifester rapidement auprès de nous: un acompte de 100 euros est en effet du pour le 22 avril concernant la réservation des billets d'avion.

Prix du voyage : 2091 euros

Vous pouvez-nous joindre pour réserver directement par téléphone au 04 91 53 28 34 ou par mail à l'adresse contact@chinafi.net .

Nous serons bien sur heureux de répondre à toutes vos questions sur ce voyage.
En attendant de vous voir parmi nous,
Cordialement,
L'équipe CHINAFI.

Deux styles : le xieyi 写意, et le gongbi 工笔


Peinture gongbi : Anonyme d’époque Song (XII° siècle, Auberge


Peinture xieyi : Wang Jiu (XVIII° siècle)

Les historiens de l’art distinguent traditionnellement deux écoles dans la peinture chinoise. Même si cette distinction ne doit pas être poussée trop loin, elle est révélatrice non seulement de techniques différentes mais d’une conception dissemblable de la fonction de l’œuvre d’art, des rôles respectifs du peintre et du spectateur et des relations de la peinture avec les autres arts : calligraphie, poésie, musique.

Examinons tout d’abord les différentes techniques.
J.F. Billeter dans son livre L’art chinois de l’écriture nous indique que le genre xieyi (littéralement « noter une impression) est, en général, une peinture au lavis – une peinture produite par application d’encre plus ou moins délayée sur la soie ou le papier, sans dessin préalable. Le genre gongbi (littéralement « pinceau travaillé) est plus descriptif et plus attentif au détail.

Une peinture gongbi part d’un dessin fait au trait, avec un pinceau fin, et qui est ensuite coloriée. Remarquez dans la peinture gongbi proposée en illustration comme l’on peut distinguer les feuilles des arbres, le matériau du toit de l’auberge, les différents personnages : un fait la cuisine, un enfant s’amuse, un homme fait la sieste sur un coin de table, comme on peut encore le voir de nos jours dans les auberges chinoises. Ce type de peinture va intéresser en nous l’historien, l’ethnologue soucieux d’étudier les scènes de vie, le détail des vêtements, des visages, des coiffures, des habitations de telle ou telle époque, de telle ou telle région.

La peinture de style xieyi représente à peu près le même sujet. Mais voyez comme les motifs sont à peine esquissés. La frondaison des arbres se confond avec les nuages, les montagnes en arrière plan. Le personnage est représenté d’une manière maladroite, enfantine. Ce genre, plus intemporel, va émouvoir en nous le poète qui veut rêver sur les brumes, les nuages formés par les lavis d’encre ou suggérés par les blancs, les vides qui occupent une place si importante dans la toile. Le genre xieyi, genre volontairement inachevé, art de l’imparfait pour reprendre la formule des maîtres du thé laisse une place beaucoup plus importante à l’imagination du spectateur.

Ce style était essentiellement pratiqué par ces amateurs qu’étaient les lettrés, alors que la peinture gongbi était plutôt l’œuvre de professionnels, d’académiciens. Or, les lettrés chinois, comme on le sait, étaient non seulement des fonctionnaires et des hommes politiques. C’étaient aussi des calligraphes, des peintres, des poètes, des musiciens et des philosophes. Cela explque les liens que l’on peut observer entre la peinture xieyi et ces différents arts. Pour dire les choses d’ne autre manière, le genre xieyi se prête à l’intertextualité.

Liens avec la calligraphie tout d’abord : même matériel, encre et pinceau, même exploitation du monochromatisme, même vocabulaire. Dans les deux arts on parle de dian (points ou éléments ramassés) et de hua (éléments allongés, développés).

Liens avec la poésie. « Les peintures sont des poèmes et les poèmes des peintures ». Ces liens trouvent souvent leur manifestation dans des poèmes qui sont calligraphiés à même la peinture (voir illustration).

Liens avec la musique. J.F. Billeter et Ding Wenjun nous rappellent que Schopenhauer voyait dans la musique le plus noble des arts car c’est celui qui, par son caractère informel, laisse le plus de place à l’imagination du récepteur. Or, on l’a vu, c’est l’idéal que se propose le genre xieyi en refusant la recherche de la ressemblance formelle, en se voulant non descriptif, imparfait inachevé.

En évoquant la recherche ou non de la ressemblance formelle nous abordons un des sujets les plus débattus dans l’esthétique de tous les pays et de tous les temps. Nous lui consacrerons un prochain article. Elle nous permettra d’étudier comment certaines peintures peuvent refléter la vision du monde de leur auteur, spécialement quand ceux-ci sont également des philosophes. Pour terminer ce billet et entretenir le suspense, je vous propose une petite énigme. Quels rapports y a t-il entre le deuxième concile de Nicée, le poète Su Shi et les tribus indiennes de la forêt amazonienne ?

Jean-Louis

Bibliographie :
L’art chinois de l’écriture, Jean-François Billeter, Skira
L’art en Chine, Yolaine Escande, Hermann

jeudi 31 mars 2011

Un bol de thé ou "l'art de l'imparfait"


Claude Lévi-Strauss et sa femme Monique à Tokyo, avril 1986. (Photo du Nouvel Observateur)

A la fin de sa vie, Claude Lévi-Strauss s’était pris d’une passion pour la culture japonaise. Aujourd’hui, 31 mars, paraissent en librairie deux inédits publiés aux éditions du Seuil:
- L’anthropologie face aux problèmes du monde moderne rassemble trois conférences données à Tokyo
- L’autre face de la lune contient des textes consacrés à la civilisation japonaise.

Le Nouvel Observateur de cette semaine publie quelques extraits de ces livres. L’un deux a particulièrement retenu mon attention. Il y est question de Sengaï un peintre et moine japonais (1750-1837).

« Sengaï se situe dans la filiation spirituelle des maîtres de cérémonie du thé qui, dès le XVI° siècle recherchaient en Corée et en Chine les ustensiles les plus grossiers et les plus humbles : bols à riz de paysans pauvres, fabriqués sur place par des artisans de village. D’avoir été produits sans habileté manuelle et sans prétentions esthétiques aux yeux des maîtres de thé leur conférait plus de prix que si c’eussent été de véritables œuvres d’art. Ainsi naquit le goût pour les matières rugueuses, les formes irrégulières, ce qu’un maître de thé appela d’un mot qui fit école : « l’art de l’imparfait »…Pour les maîtres de thé …il s’agissait de s’affranchir de tout dualisme pour atteindre un état où l’opposition du beau et du laid n’a plus de sens : état que le bouddhisme appelle « Ainsité », antérieur à toutes les distinctions, impossible à définir sinon par le fait d’être ainsi. »

On peut tirer quelques enseignements de ce court extrait qui constitue, en fait, une introduction à plusieurs articles qui paraîtront prochainement dans ce blog :
- Les maîtres de cérémonies du thé préféraient les bols de thé aux tasses de thé. L’appellation « bol de thé » est donc pertinente. Les fidèles lecteurs du blog comprendront bientôt le sens de cette remarque anodine.

- Les maîtres de thé avaient, comme les lettrés chinois, une prédilection pour « l’art de l’imparfait » ou art de l‘inachevé. « Art de l’imparfait » qui n’est pas sans rappeler le xie yi dont j’ai parlé dans un précédent billet. Zhao Jie, notre nouveau professeur de chinois, me faisait remarquer que l’on rencontre deux techniques dans la peinture chinoise : le xie yi ou style libre, spontané plutôt pratiqué par ces amateurs qu’étaient les lettrés et le gong bi ou style travaillé, recherché plutôt utilisé par les professionnels.

- On trouve dans cet article le terme « d’ainsité » ou « ainséité » parfois appelé « propension des choses » qui désigne ce qui se réalise de soi-même, spontanément. Cette notion occupe une place importante dans la pensée et l’esthétique chinoises. Cette notion, comme les distinctions xie yi / gong bi, amateurs / professionnels sont au centre des débats qui ont animés l’histoire de la peinture chinoise. Nous aurons l’occasion de revenir largement sur tous les sujets que nous venons d’effleurer.
Jean-Louis

mercredi 30 mars 2011

L'Asperge


L’Asperge d’Edouard Manet, 1880, Paris musée d’Orsay.

Nicole a illustré le message annonçant la sortie de dimanche par de belles et nombreuses asperges annonciatrices de la récolte mirifique que nous ne manquerons pas de faire.

Si j’ai choisi de vous présenter le tableau ci-dessus représentant une seule asperge ce n’est pas pour contredire l’optimisme de Nicole mais tout simplement parce que le thème de notre prochaine randonnée permet de raconter une anecdote bien sympathique de l’histoire de la peinture et de montrer que le vocabulaire de la pensée chinoise fournit des outils d’analyse et de réflexion bien intéressants.

Edouard Manet n’était pas seulement l’auteur de tableaux qui firent scandale en leur temps comme Olympia ou Le déjeuner sur l’herbe c’était aussi un homme honnête.

Le collectionneur Charles Ephrussi lui avait commandé une nature morte. Le peintre lui avait répondu très classiquement par un tableau représentant une botte d’asperges. Un peu plus tard, Ephrussi reçut un second tableau intitulé l’Asperge, accompagné de ces mots : « il en manquait une à votre botte ». Manet voulait ainsi remercier son riche commanditaire d’avoir payé plus cher le premier tableau que le prix demandé.

Cette anecdote est racontée dans le livre d’Art d’Art d’après l’émission de télévision. Les auteurs font remarquer la modernité de cette nature morte. Au lieu d’être représentée dans le décor d’une cuisine, comme c’était la tradition « l’asperge semble toute nue, posée à même la table, une table qui prend presque toute la place ».

Luc Ferry présente également cette asperge, décidemment célèbre, dans son livre Le sens du beau. Il illustre ce tableau d’une phrase de Nietzche « l’essence d’une chose n’est elle aussi, qu’une opinion sur cette chose ». Les choses en soi n’existent pas, il n’y a que des interprétations.

Moi, j’aurais plutôt une lecture de ce tableau en termes chinois (on a chacun ses références). La table qui occupe presque toute la toile c’est le vide, l’indifférencié, le « il n’y a pas ». L’asperge, c’est le « il y a », le différencié qui émerge à peine, qui se distingue tout juste de l'indifférencié. Remarquez comme la table et l’asperge ont la même texture, semblent faits de la même matière.

Voilà de beaux sujets de discussion, en escaladant les sommets de Marseilleveyre ... s’il nous reste du souffle.
Jean-Louis


Bibliographie :
- D’Art, d’Art, de Frédéric et Marie-Isabelle Taddeï, Editions du Chêne
- Le Sens du Beau de Luc Ferry, Editions cercle d’Art